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14 janvier 2010

Avatar en débat

Si Radio Vatican se met à donner son avis sur le film-phénomène Avatar, c'est qu'il fait débat. Quel débat ? Plusieurs.
1° celui de la représentation de la nature et du choix de son esthétique (couleurs, formes, animaux, dangers, protections...)
2° celui de l'importance de la nature pour une communauté et de la valeur accordée à son caractère "intact"
3° celui de finalité de la force : détruire ou protéger, comme deux alternatives bien distinctes, deux finalités opposées
4° celui de la représentation des être vivants qui vivent dans et par la nature (culture orale, "chamanique", organisée en castes, devotion, pas d'outils ni armes sophistiqués, couples avec sentiments...)
5° celui de la représentation de la richesse "occidentale" : liée à la consommation de ressources naturelles rares et énergétiquement "hyperpuissantes"avatar.jpg
6° celui de la représentation de la force militaro-industrielle et de ceux qui en ont les commandes
7° celui du message du film, avec plusieurs niveaux, ecologiste (il faut arrêter d'exploiter la nature et de commencer à la protéger), philosophique (la force est un moyen, seule la finalité compte), culturel (une civilisation moins développée vaut mieux que la nôtre dès lors qu'elle a quelque chose à préserver et perpétuer), etc.

Faut-il y voir, comme le suggère le chercheur Jean-michel Valantin, l'acte d'adoption de la culture amerindienne (chamanique) par les américains ? Autrement dit la preuve que les américains ont compris que la position de l'indien serait la meilleure face au peak oil et aux désastres environnementaux et climatiques actuels ?

Faut-il y voir, comme certains cinéphiles, l'enterrement de la 3D "qui ne fait pas mieux que Fantasia?"

Faut-il y voir, comme certains écologistes, l'acte d'entrée de la nature dans la prise de conscience occidentale?

En espérant ouvrir le débat.

 

02 janvier 2010

Reaction sur la publicité de l'Observatoire international des prisons

La publicité de l’Observatoire international des prisons que l’on voit actuellement dans la presse est, au-delà l’importance incontournable de cette organisation, comme beaucoup de publicité qui cherchent à provoquer, dans une confusion de significations. Le slogan de cette publicité visant à collecter des dons pour l’OIP est : « Si ça peut vous aider à donner, dites vous que cet homme est un chien »

Comme Gunther Anders qui souhaitait que la puissance technique s’accompagne toujours d’une imagination sur ses conséquences possibles, l’utilisation de mots devrait également être accompagnée d’une imagination sur ses différentes interprétations possibles, surtout lorsque que ces mots ne sont pas anodins, pour ne pas dire d’une violence inouïe. « Dites-vous que cet homme est un chien » est une pensée terrible, le « prêt-à-penser » de la maltraitance et des grandes tragédies de l’histoire. Aux Etats-Unis la pire insulte à quelqu’un reste « underdog » (moins qu’un chien). Une telle faille de l’Homme (penser dans certaines circonstances, que l’homme vaut moins que son humanité) peut-elle être utilisée pour provoquer ? Son historique de destruction ne prescrit-il pas un usage avec précaution ? Une publicité peut-elle l’utiliser ?

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« Si ça peut vous aider à donner, dites vous que cet homme est un chien » Ce slogan peut être compris de trois manières si l’on s’en tient aux mots. La première part d’une bonne intention métaphorique sur laquelle les publicitaires ont parié  : Comprenez que cet homme est traité comme un chien. Traiter quelqu’un comme un chien, vous savez que c’est de la maltraitance, c’est scandaleux, y compris en prison. Alors donnez pour arrêter ça. La deuxième signification est moins probable mais possible: Vous donnez pour les chiens ? Vous ne donnez-pas pour les gens en prison ? Hé ! bien dites-vous qu’un homme en prison est un chien et vous donnerez. Vous voyez bien, comme le chien, il est en cage et a l’air gentil. La troisième signification est plus improbable encore mais possible: Voyez, cet homme est un chien. Certains hommes, comme celui-ci en prison, sont des chiens, des bêtes méchantes. Donnez pour les prisons (l’OIP est peu connu et son nom est neutre cela peut prêter à confusion). Bien évidemment la première interprétation, la plus saine, domine, mais les deux autres possibilités posent question.

 

Pensons maintenant aux chiens, qui sont eux-mêmes si souvent « traités comme des chiens », abandonnés, encagés, battus et qui font l’objet de campagnes d’ONG pour être traités dignement. Que pensent de cette publicité les défenseurs d’animaux qui souhaiteraient que les associations rependues entre la maltraitance et certaines espèces (comme les chiens) s’arrêtent dans la tête des gens ? De plus, utiliser dans un jeu de métaphore une espèce « maltraitée » permet-il de désigner clairement la maltraitance ?

 

Pour aller encore plus loin dans les évocations de ce slogan, « Si ça peut vous aider à donner, dites-vous que cet homme est un chien », n’est-ce pas finalement, dans une lecture une fois encore au premier degré, le portrait hyper-cinglant de notre fonctionnement ? Avons-nous une haute opinion de celui auquel nous sommes reliés par notre pouvoir de l’argent ? Notre pouvoir d’achat ici est, pour de nombreux produits comme les vêtements bon marché, lié à de mauvaises conditions de travail ailleurs (des personnes qui « travaillent comme des chiens », l’autre métaphore entre l’homme et le chien). Notre enrichissement ne s’accompagne-t-il pas d’une mise à distance de ceux qui s’appauvrissent ? Lorsque nous donnons pour une cause humanitaire, quelle image avons-nous de celui qui reçoit ? La condescendance et l’égoïsme sont-ils les ennemis de la philanthropie ? Dans notre vie quotidienne nous avons tendance à oublier la dignité de tous ceux avec lesquels nous sommes reliés. En prison ou en liberté.

Cette publicité, qui parle forcément aussi de la publicité, mérite débat.