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25 octobre 2011

Anti-écolo

Dans la famille des anti-écolos, il y a Claude Allègre, notre climato-sceptique national qui, tel un Borgia dans les couloirs de l’Académie des Sciences, agite ses bagues à poison contre les climatologues. Ou Elisabeth Badinter, qui annonce la couche lavable comme le nouvel ennemi des femmes et nous ouvre les yeux sur une réalité préoccupante : entre femme écolo et femelle bonobo, la distance se resserre. Et voici qu’arrive l’anti-écolo dernier cri, l’écrivain et essayiste Pascal Bruckner, le séducteur aux yeux bleus avec lequel on aurait préféré danser un slow. Il envoie son obus en pleine soupe de légumes d’AMAP !  Selon lui, les écolos transpirent le pétainisme, le masochisme et le sectarisme, c’est dire si on sent bon :-) 

Stoooooop ! Flèche après flèche, mépris après mépris, raillerie après raillerie, il est temps de contre-attaquer ! Allez, on s’arme de nos graines germées et on y va ! C’est à nous d’attaquer les anti-écolos médiatisés ! A nous de leur envoyer des tartes à la chantilly de lait d’ânesse. Qu’ils se rassurent, nous n’utilisons pas l’arme nucléaire.
A nous de les traiter de manipulateurs : ils présentent leur attaque contre l’écologie comme un combat pour la liberté mais ils décident de voir l’écologie uniquement sous un aspect extrémiste. Ils refusent d’avoir un regard modéré au nom de la défense de la modération...
A nous de les traiter de narcissiques : ils cherchent à se distinguer sur un nouveau créneau pour rajeunir leur image. Leurs lunettes ne sont plus adaptées pour voir la réalité et les faits concrets. Ils ne veulent voir que des dogmes, la chasse aux idéologies est leur moyen de se promouvoir comme héros pourfendeurs.
A nous de les traiter d’irresponsables : leur action contribue au rejet croissant de l’écologie, quatre français sur dix sont désormais dans le déni de la situation environnementale selon le dernier sondage Ethicity / ADEME. 
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« Après moi, le solaire ! » voici la nouvelle attitude décrite par le philosophe Peter Sloterdijk qui s'inquiète de ce nouvel égoïsme, renforcé chaque jour par les prêcheurs anti-écolos.
Pour des intellectuels, ils ont réussi à valoriser la peur et l’ignorance, bravo.

Malheureusement, comme dit Gandhi, « Oeil pour œil et dent pour dent, cela ne fait que créer un monde d’aveugles et d’édentés », il va donc falloir trouver une autre solution que la baston. Et si on ouvrait le dialogue ?

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Est-ce l'écolo qui a inventé l'anti-écolo ou l'inverse ?

 

Cet article est également publié dans ma chronique "Le mot d'Alice" dans Néoplanète, numéro de novembre 2011 www.neo-planete.com

Portrait : Jérôme Auriac

Jérôme Auriac, Fondateur et Directeur de Be-Linked.

On cherche partout la croissance verte, celle qui montre que le développement durable crée des emplois, attire des entrepreneurs, crée de nouveaux métiers. La voici. Jérôme Auriac a créé un nouveau métier lié au développement durable, le conseil spécialisé dans les relations entre les entreprises et la société civile. Pour faire simple, il s’agit pour les organisations, et notamment les entreprises, de comprendre mais surtout d’agir avec la société civile, que ce soient des ONG, des riverains, des citoyens engagés, des entrepreneurs sociaux, des communautés locales, etc. Entendons-nous, il y a toujours eu des relations entre les entreprises et les organisations représentant des intérêts de la société, mais elles étaient longtemps réduites à deux schémas dominants : la confrontation ou le mécénat. L’innovation de Jérôme Auriac est de sortir cette relation des directions de la communication pour la mettre au cœur de la stratégie et de créer des liens radicalement nouveaux entre ces deux univers, allant jusqu'au co-développement.

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Depuis la création de sa société il y a trois ans, Jérôme Auriac et son équipe travaillent pour de grandes entreprises et des ONG et s’offrent le luxe de choisir leurs clients. Conscient de créer un nouveau champ de management, Jérôme a à cœur d’enseigner, que ce soit à la Chaire de Social HEC Chaire Social Business Entreprise et Pauvreté ou au Master Développement Durable de l’ ESSEC. Il a également pris le temps, pendant une année off, de bâtir une association au Brésil avec son épouse brésilienne, offrant ainsi à ses deux fils leur première formation de terrain. Ambitieux, généreux et pionnier, « le Jé », comme ses proches l’appellent dans le milieu du développement durable, teste invente et met en place les nouveaux modèles économiques de demain fondés sur la co-création, l’équité et l’environnement. Rien de moins.

cet article est également paru dans Néoplanète numéro du mois de Novembre 2011. www.neo-planete.com

07 octobre 2011

Interview de Jean-Michel Valantin : les éclaireurs de la crise globale

Jean-Michel Valantin,  chercheur en stratégie spécialisé sur les questions d’environnement, auteur de plusieurs ouvrages, se consacre à saisir et à prévenir la crise globale qui arrive. Une crise sans précédent, qui n’a pas la place qu’elle mérite dans les réflexions et les actions des décideurs et intellectuels actuels, à l’exception d’une poignée d’éclaireurs. Jean-Michel Valantin présente ces éclaireurs, dont une grande majorité est d'origine anglo-saxonne, lors d'un entretien inédit avec Alice in Warmingland.

SDC10526[1].JPGAlice in Warmingland : Les éclaireurs de  la crise globale sont-ils des intellectuels comme les autres ?
Non, leur rareté indique leur différence. A l’heure d’une hyper spécialisation de la pensée, ils savent réfléchir à une échelle globale et sont donc bien placés pour analyser la crise à venir qui est de nature globale, car multifactorielle. Ils réfléchissent en amont,  à partir de plusieurs variables, comme l’économie, le climat, les ressources naturelles, la finance, l’agriculture, la santé, la sécurité en comprennent les croisements et les effets domino en cours. Ils ont bien sûr souvent une spécialisation au départ, comme la défense, la géopolitique, la philosophie, la sociologie, l’urbanisme ou l’histoire, mais ils les éclairent avec d’autres champs. Par ce jeu d’interactions entre différentes disciplines, ils aboutissent tous au même cocktail explosif, une crise globale sans précédent à l’échelle de la planète. Ils diffèrent en revanche sur les capacités de réaction et de résilience des hommes face à cette crise. Deux camps se dessinent, les optimistes et les pessimistes.

Alice in Warmingland : Nous comprenons que la crise globale résulte d’une tragique combinaison de facteurs. Qui sont aujourd’hui les penseurs qui perçoivent le mieux ces interdépendances?
Deux auteurs me semblent incontournables. Michael Klare est un grand analyste des questions stratégiques et militaires américaines depuis 10 ans. Il est l’un des meilleurs analystes sur le lien entre les conflits liés à la compétition pour les matières premières, le pétrole et les ressources géologiques.  Il permet de comprendre le lien entre la sécurité et l’environnement. C’est déjà très important.
J. Howard Kunstler, urbaniste, spécialisé sur les grandes banlieues américaines qu’il considère comme "le plus grand gaspillage de ressources de l’histoire humaine", part d’un angle plus atypique. Il décrypte les interactions entre environnement, société et sécurité à l’échelle planétaire.  Il appelle notre XXIème "le siècle de la longue urgence", dans lequel les problèmes de changement climatique, de crise des hydrocarbures, de pénurie d’eau et de nouvelles pandémies, vont entrer en synergie, ce qui aboutira à une grande fragilisation des sociétés. Cela posera selon lui inévitablement des questions de sécurité et de défense, car il faudra assurer l’accès à la nourriture et gérer les conflits. 

Alice in Warmingland : Une fois la crise planétaire arrivée, comment les sociétés réagiront-elles ? Y aura-t-il forcément des conflits? 
Je reformule la question, les questions environnementales vont-elles entrainer la guerre ou la paix ? Malheureusement la plupart de ces visionnaires penchent pour la guerre. Jacques Blamont, ancien directeur du CNES et responsable du programme Ariane, montre bien le risque de convergence entre les évolutions environnementales et les nouvelles évolutions technologiques stratégiques, comme le problème de la prolifération des armes nucléaires. Le risque, c’est que les inégalités augmentent. Les territoires du Nord, selon lui mieux préparés, seront une valeur refuge, un lieu probable de résilience, tandis que ceux du Sud subiront de plein fouet la crise. Tout cela risque de générer une montée des agressions asymétriques, le Sud se retournant alors contre le Nord. On risquerait ainsi d’aboutir à deux mondes totalement séparés, l’un préservé, comprenant l’Amérique du Nord et l’Europe de l’Ouest, et l’autre, c’est-à-dire le reste du monde, durement touché, sous tension. Pour continuer à se préserver, des stratégies de plus en plus dures seraient mises en place par les pays du Nord.  Et les tensions idéologiques ne pourront que se renforcer.

Alice in Warmingland : Et la vision optimiste ?
Herald Welzer a posé une excellente question qui est le titre de l’un des ses ouvrages, « Pourquoi on tue au XXI è siècle ? »  Il y analyse les facteurs de mortalité induits par le réchauffement climatique et les facteurs de tension sociale, ainsi que les risques de radicalités idéologiques. Il redoute la mort de populations entières en Afrique, du fait de la sécheresse. L’Afrique, selon son analyse, combine tous les grands facteurs de vulnérabilité, politiques, environnementaux et économiques. Il appelle un réveil éthique, se bat pour une solution solidaire, consistant tout simplement à ne pas laisser mourir le continent africain.
André Lebeau, ancien directeur du CNES, analyse lui aussi le rapport entre l’humanité et son journal-bonnes-nouvelles-jeremy-rifkin-empath-L-Opm3W0.jpgenvironnement sous l’angle de la crise des ressources. Pour lui, l’impasse impose impérativement de raisonner en termes de partage, les conditions d’existence sur la planète ne pouvant être l’apanage d’un sous-groupe ou d’une zone géographique. Lui aussi se bat pour une solution plus positive, pour une culture du partage.
Enfin, Jeremy Rifkin, en proposant une lecture de l’humanité sous l’angle de l’empathie, ouvre également une voie d’espérance. Il est convaincu que l’empathie est une donnée constituante de l’homme qui pourra le sauver de la catastrophe ou en tout cas lui permettre d’agir avec plus de solidarité au moment de la catastrophe.  Bien sur, Edgar Morin, en appelant lui aussi à une réaction éthique, participe de ce mouvement.

Alice in Warmingland : A l’exception d’Edgar Morin, aucun auteur dans cette liste n’est connu du grand public, c’est inquiétant. N’y a-t-il donc pas aujourd’hui parmi les intellectuels médiatisés, de visionnaires aptes à prévenir de ce qui arrive ? 
Les intellectuels les plus audacieux,  les plus lucides et les plus tournés vers les temps présents à venir sont ceux qui sont les mieux outillés pour penser la crise. Ce ne sont donc pas ceux, très nombreux, qui se consacrent à revisiter encore et encore l’histoire de la philosophie. Parmi les intellectuels médiatisés, Peter Sloterdijk et Slavoj Zizek sont selon moi les plus pertinents. Ils ont une approche à la fois extrêmement lucide et  multifactorielle.  Des penseurs renommés comme Christopher Lash, Karl Polany, Norbert Elias, ou aujourd’hui dans un  autre registre, par exemple Jared Diamond, avec son fameux ouvrage  "Effondrement", dans lequel il analyse l'extinction de certaines civilisations du fait de la raréfaction des ressources conjuguée à des décisions politiques inadaptées, offrent tous une approche consciente de la fragilité de l’édifice sur lequel nous avons bâti nos sociétés.

Alice in Warmingland : Peu de ces auteurs sont connus du grand public ! Alors comment peut-il être prévenu de ce qui arrive ? Comment la société dans son ensemble peut-elle savoir ?
La crise à venir est également très bien sentie pas les artistes, qui sont depuis toujours des capteurs de signaux faibles, elle est palpable là où sont mis en scène la peur et les mauvais pressentiments, au cinéma, la télévision,  les romans de science-fiction, et cela peut être des succès commerciaux mondiaux. Franck Herbert, dans le livre de science-fiction « Dune » qui a donné le film du même nom, montre parfaitement le lien entre la maitrise des ressources vitales et l’exercice de la puissance.  «  Le Seigneur des Anneaux » met également en scène le danger à rompre les grands équilibres. Plus récemment, le dernier James Bond « Quantum of Solace » fait comprendre la question de l’eau comme enjeu stratégique, ou encore « Survivors », étonnante série de la BBC, qui pose la question de la survie après une épidémie mondiale. Depuis la naissance du cinéma, «King-Kong» ne cesse de revenir avec de multiples versions, mettant en scène l’incessante leçon sur l’importance de notre lien à l’environnement et sur la crainte d’un effet boomerang suite à notre trop grande prédation. Même la télévision fait appel à cet imaginaire, la série MI5 place l’environnement et la crise des ressources au centre de nombreux épisodes des saisons 4, 5, et 6 ! Et même les enfants peuvent comprendre, « 20 000 lieues sur les mers » de Jules Verne aborde déjà des questions contemporaines essentielles ! L’accès à la prise de conscience est possible, à la fois par la raison et par la sensibilité

51hSHSGduyL__SL500_AA300_.jpgAlice in Warmingland : Une fois au courant des scenarii tragiques, comment agir ?
Sublimer l’angoisse qu’ils génèrent et la transformer en action. Il faut tout faire pour que les pires scénarii n’arrivent pas, et pour cela nous devons nous en croire capables, même si une augmentation de la température moyenne de +2° est aujourd’hui une très forte possibilité. Nous devons avancer parallèlement sur deux fronts, l’adaptation à la crise et la lutte contre les facteurs aggravant les changements d’ores et déjà engagés. Nous devons réagir vite et bien à tous les niveaux, à une échelle personnelle, communale, départementale, régionale, nationale et internationale. La bonne nouvelle, c'est que cette dynamique est enclenchée.

 
Les livres-éclaireurs de la crise globale
"The Race for What's Left: The Global Scramble for the World's Last Resources", Michael T Klare, 2011
"Something New Under the Sun: An Environmental History of the Twentieth-Century World", John Mc Neil, Penguin Books, 2000
"Future History of the Artic", Charles Emmerson, The Bodley Head, 2010
"Introduction au siècle des menaces", Jacques Blamont Odile Jacob, 2004
"Oilopoly", Marshal Goldman, Onworld Publication, 2010
"Climate Wars", Gwynne Dyer, Oneworld Publications (2010)
"The Long Emergency: Surviving the Converging Catastrophes of the Twenty-First Century", James Howard Kunstler, Atlantic Books, 2005.
"Resource wars, The New Landscape of Global Conflict"
, Micheal T Klare A Metropolitan/Holt Paperbacks Book, March 2002
"Rising Powers, Shrinking Planet", The New Geopolitics of Energy, Michael T Klare, Holt Paperbacks, March 2009
"Les horizons terrestres ; réflexions sur la survie de l’humanité", André Lebeau, Editions Gallimard, collection « Le débat », Paris, 2011

Ouvrages de Jean-michel Valantin
"Hollywood, Le Pentagone et Washington", Editions Autrement, 2003, 2010
"Ecologie et Gouvernance Mondiale", Editions Autrement, 2007
"Menaces climatiques sur l'ordre mondial", Lignes De Repères Editions, 2005

Cet article a également été publié sur le site de Terra Eco
http://www.terraeco.net/Les-penseurs-visionnaires,40263.h...

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