20 février 2010
Le Conflit. L’ intello et l’écolo.
Elisabeth Badinter émet une opinion négative sur l’écologie dans son dernier livre Le conflit. La femme et la mère. et dans les médias. Que cette opinion soit inoffensive ou dangereuse, juste ou erronée…c’est au débat démocratique d’en découdre. Etonnement, il ne démarre pas du côté des intellectuels, qui restent silencieux. Sont-ils d’accord ? Ou bien ne s’intéressent-ils pas à ce sujet-là ? Pour le débat, on doit se contenter pour le moment de la réaction des accusés, les écolos. Des personnalités, essentiellement féminines (cf. NKM, blogs, groupes sur facebook, pétition « vertes de rage »…), démontrent à l’auteur, avec un sens du respect très inégal, son erreur d'appréciation dans le fait que le féminisme puisse régresser avec l’écologie et que l’écologie soit un mouvement lié à un retour au « naturel ». Ces femmes écologistes réagissent fort à propos aux juxtapositions de stéréotypes proposées par E. Badinter comme : féminisme = liberté, écologie = atteinte à la liberté donc écologie = anti féminisme ou encore écologie = retour à la nature, émancipation de la femme = détachement vis-à-vis de la nature, donc écologie = anti féminisme.
L’attitude d’E. Badinter est dans le fond parfaitement banale, dupliquant à l’identique l’attitude de rejet de l’écologie par une bonne partie des intellectuels et journalistes médiatisés français. La liste de leurs critiques ne cesse de grandir. Les vagues de froid de cet hiver ont été immédiatement récupérées comme contre-épreuve du réchauffement climatique (voir la Tribune acerbe de Pascal Bruckner dans Le Monde du13 janvier intitulée «le Réchauffement qui refroidit») Les climatologues et leurs e-mails, Nicolas Hulot et son film, la taxe carbone, le Sommet de Copenhague, Greenpeace à l’Assemblée Nationale, José Bové, ont alimenté de façon régulière leur moquerie. Les 68ards disant « ils nous emmerdent » au sujet des écolos, ont gagné du terrain. Les mises en scène ridicules et caricaturales d’écolos, y compris people, plantés avec grandes bottes dans la boue (car c’est bien connu, boue=nature=ecologie) ou mieux, nus (car c’est bien connu, nu= jardin d’éden=nature=écologie) n’ont jamais autant été diffusées. Claude Allègre, le spécialiste du procès d'intention envers ses concurrents, à été plébiscité comme un grand résistant face à une panique inutilement lancée.
Le silence et plus grave encore, le rire des intellectuels, face à l‘humiliation de la science, les font choir du côté de ceux qu’ils ont sans cesse dénoncés, combattus et cherché à éclairer : ceux qui confondent les croyances et le savoir, le dogme et la science. « La superstition est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie, la fille très folle d’une mère très sage », la clairvoyance intellectuelle qui a permis de séparer fanatisme et religion au XVIIIème est en chute libre : en matière d’écologie, le dogme vaut pour science. La confusion est à son comble. Comment l’élite en est-elle arrivée à parler de l’écologie qui est une science, une spécialisation de la biologie créée au XIX ème siècle, avec des adjectifs aussi inadaptés que :« dictature », « machos », « ayatollahs», « rétrogrades », "retour à la préhistoire" ? Comment les intellectuels médiatisés sont-ils tombés dans une telle soupe de confusions?
Comment expliquer les pas des intellectuels vers l’obscurantisme alors qu’ils prétendent justement lutter contre l’obscurantisme « vert » ? Plusieurs raisons peuvent aider à comprendre ce chemin vers l’impasse :
-La science, les partis politiques, le militantisme des ONG et le mouvement modéré pour la protection de l’environnement portent tous le même nom, et les plus médiatisés en influencent l'image globale. La sémantique n’opère pas assez une séparation entre la science et le dogme, et le développement durable n’a pas réussi à prendre le relais et sortir l'écologie de ses confusions.
Dans ce grand mélange, les personnalités de l'écologie militante occupent une grande place en termes d'image. La science du même nom est comparativement quasi inconnue (qui peut citer trois noms d'écologues?) Ces acteurs militants, souvent pris par un sentiment d'urgence et par la volonté de trouver des solutions rapides aux problèmes établis, renvoient parfois une image autoritaire, alarmiste ou infantilisante, qui influence ainsi la perception des autres qui sont pourtant bien plus nombreux et représentatifs.
-L’écologie et ses enjeux (réchauffement climatique, chute de la biodiversité…) sont quasi absents des productions artistiques, culturelles et intellectuelles médiatisées, que ce soit les films de fiction, la littérature, l’art contemporain, le théâtre, les essais politiques, philosophiques ou sociologiques, les spectacles comiques, etc. ce qui en empêche la connaissance sensible (la conséquence est ici cause première).
-Le traitement par les médias de l’écologie et ses enjeux se fait par la caricature, l’accentuation de visions alarmistes, le goût du scandale incarné par les « climato-sceptiques », la vedettisation de people verts superficiels, ce qui empêche d’en avoir une image réelle.
-L’écologie et ses enjeux représentent une vexation pour l’homme, le constat de sa capacité de destruction à une échelle non seulement globale mais « après lui », auprès des générations futures, ce qui est une raison anthropologique majeure de rejet.
-Les intellectuels français précis et clairvoyants sur le sujet ne sont pas médiatisés : François Flahaut, Stéphane Lavignotte, Catherine Larrère, etc.
-La climatologie intègre une dimension prédictive, forcément soumise à des aléas liés à des variables non prévisibles (la quantité de steak que vous mangerez dans 20 ans, vous la connaissez ?) ce qui l’affaiblit face à un désir à la fois de certitudes et de suspicion.
-La prédominance culturelle et intellectuelle de l'idée de plaisir et de liberté à un niveau individuel et non collectif et l'histoire tragique d'initiatives "collectivistes" créent une méfiance vis-à-vis d' enjeux communs pouvant impliquer une résolution commune.
-La difficulté pour chacun à dépasser le sentiment d'acquis (matériels et immatériels) et le réflexe de vouloir les défendre, freine la prise en mains de nouveaux enjeux. Comme si aller vers de nouveaux acquis, de nouvelles réponses, était une menace, consistait laisser la proie pour l'ombre. Comme si faire un pas vers l'inconnu était se diriger vers le danger.
Ces raisons doivent être analysée et prises en mains pour éviter l’issue qui s’annonce : la haine réciproque. Il est grand temps pour les intellectuels, de se rendre que compte que de l’individu qu’ils jugent, ils ne voient que le flanc, et pour les écolos, de montre l’autre flanc.
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01 février 2010
Europe et CO2 : le doute post-Copenhague
Article publié dans Neoplanete, Numéro février/mars 2010
Le mot d'Alice : Europe
L’Union européenne agit-elle pour ou contre le réchauffement climatique? On se le demande après sa grande discrétion au Sommet Copenhague qui a échoué à fixer des objectifs de réduction pour éviter un réchauffement climatique de plus de 2°C à horizon 2100. Pour répondre, analysons les trois piliers de l’Europe, la législation, les fonds structurels et le grand marché.
Prenons d’abord la législation. Si l’Europe a d’excellentes initiatives « vertes », comme par exemple REACH (règlementation chimique européenne), concernant l’harmonisation de la fiscalité, ce n’est pas génial côté CO2. Dans les années 90, l’harmonisation sur l’automobile a conduit à la suppression de taux majorés et des taxes spécifiques de pays comme la Grèce ou le Danemark qui avaient jusque là des politiques restrictives (et donc peu de voitures et de routes) et a provoqué l’arrivée de millions de véhicules et donc de millions de bouchons !
Regardons maintenant les fonds structurels qui servent à financer la cohésion et la mise à niveau des nouveaux pays membres. Là encore, de très bonnes choses ont été mise en œuvre, les stations d’épuration, les traitements des ordures, les modernisations de chemins de fer, mais aussi le plan autoroutier !
Arrivons au point clé, le grand marché et sa monnaie unique (qui a ruiné toutes celles et ceux qui ne savaient pas multiplier par 6,5). Son fonctionnement repose, on l’aura compris, sur le transport routier (et non fluvial ou ferroviaire) des marchandises. Les camions représentent 20% de l’ensemble des émissions de CO2. Pour entrer dans le grand marché, la Grèce, l’Espagne le Portugal et l’Irlande, aujourd’hui tous en souffrance économique et sociale, ont bénéficié de dérogations pour pouvoir augmenter rapidement leurs émissions de gaz à effet de serre, condition nécessaire selon l’Europe à leur développement économique. Cette accélération, véritable manne pour les spéculateurs, a par exemple conduit l’Espagne à construire 600 000 logements en un an ! Retour de bâton environnemental et financier garanti !
Pour résumer, l’Europe suit deux voies différentes, d’une part celle du développement économique fondé sur les énergies fossiles, la consommation et la croissance, et d’autre part celle de la protection de l’environnement. Ces deux voies lui couteront, tant qu’elles resteront séparées, de plus en plus cher. Il est temps qu’elles fusionnent.
Donnons le mot de la fin à Lucien Chabason, notre papa de la loi Littoral et notre énarque écolo préféré, directeur délégué de l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales) : « En dépit des traités qui ont suivi sa création en 1957, Europe reste d’abord et avant tout le marché unique qui vise des objectifs économiques. Tant que les autres objectifs, sociaux et environnementaux, ne seront pas considérés au même niveau, le développement durable restera à la périphérie. » Petits et petites Jean Monnet, réveillons-nous !
Merci à Lucien Chabason de son éclairage pour la rédaction de cet article
12:00 Publié dans Autres thèmes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19 novembre 2009
Cadeaux de Noël
Article publié dans Neoplanète numéro Nov/Déc 2009
Le mot d'Alice : Cadeaux
Noël approche, c’est le retour des angoisses récurrentes. « Comment cela va-t-il se passer avec la famille ? » Il suffit de penser à la phrase de Lacan « on a la famille que l’on mérite » pour filer directement la deuxième question « Vais-je trop manger ? », ici la simple décision de ne plus manger de viande rouge dès le premier janvier 2010 permet d’en venir à la question centrale : « Que vais-je faire des cadeaux que je n’aime pas ? » Avec la diminution des surfaces habitables, stocker un coussin-moutarde-brodé-de-mini-éléphants, un porte-savon-grenouille ou un mini-kit-à-tartiflette va en effet poser problème. On peut essayer l’option transformation du cadeau, l’intérieur du coussin rembourre un vieux fauteuil et les mini éléphants se transforment en collier, le porte-savon devient porte-clés, et le kit à tartiflette sert à une ratatouille, mais ce n’est pas toujours gagné.
Le développement durable offre une autre option : s’en séparer. Car si quelqu’un devait acheter ce cadeau, il faudrait à nouveau le produire et donc ponctionner des ressources, le transporter, l’emballer, …c’est tout l’avantage du « second hand », éviter de produire plus. Comment procéder ? Si l’on a besoin d’un autre objet au même moment, le troc est une très bonne solution. Ca fait deux objets de moins à produire. Le plus simple est de le faire en ligne. Le pull trop grand …contre un petit tabouret. Et en plus, on peut se faire des amis. Un nouveau site de troc très sympa entre particuliers, www.myrecyclestuff.com est utile. Il y a aussi la revente. En ligne, par exemple avec www.priceminister.com, chez qui la vente est gratuite et qui offre un bon standard de sécurité ou tout simplement en bas de chez soi, au prochain vide-greniers. Il y a enfin et surtout le don, dans un principe de solidarité, via Emmaüs, le Secours Populaire, Action sans Frontière…
Mais l’idéal est d’agir à la source du problème : A l’heure du « consommer mieux et moins », il est temps que cela concerne Noël où chaque Français achète en moyenne 11 cadeaux*. « Mieux », c’est en privilégiant des produits durables, en se tournant vers des fournisseurs responsables et certifiés, comme l’excellent site d’achat en ligne neomansland.fr. « Moins » c’est tout simplement en fixant des règles de nombre de cadeaux ou de nombre de contributeurs pour un même cadeau. Aller vers une sobriété heureuse et être plus solidaire dans un pays riche comme le nôtre, c’est profiter de Noël pour fêter la naissance d’une société plus durable.
*source : Deloitte
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15 septembre 2009
Sketch : Vacances
Publié dans le magazine Néoplanète, numéro septembre-octobre 2009.
Le mot d’Alice : Vacances
Quand on rentre de vacances, on en parle ! Voici Antoine et Hélène qui se retrouvent au mois de septembre à la cafeteria.
Hélène – Salut Antoine, c’était bien les vacances ?
Antoine – Génial ! Avec un pote on est partis en covoiturage dans le Gers dans un gîte à énergie positive, on a visité la région à vélo en couch surfing* puis on a aidé dans une ferme bio. Des vacances très wwoof.
Hélène - C’est ouf !
Antoine - Pas ouf, WWOOF! Willing Workers in Organic Farms ! Travailleurs volontaires dans les fermes Bio !
Hélène – Tant que tu ne devais pas manger les tomates pourries de ton potager… Moi je suis partie à Cap Town une semaine, puis à Hawaï où on a fait un super un raid en jet ski avec Charlie et 18 potes, puis j’ai rejoint Svetlana sur son méga Yacht pour un délire en Sardaigne, et Andrew m’a ramenée en jet privé, trop classe non?
Antoine - C’est pas CO2Free !
Hélène - Hé! Je suis déjà SugarFree, FatFree, AlcoholFree, CaloriesFree….. !! C’est quoi CO2Free ? J'en ai marre des régimes !
Antoine - Le CO2Free, c’est une action sans CO2, donc sans effet sur le réchauffement climatique ! Tes vacances bling-bling coûtent dix tonnes de CO2 à la planète !
Hélène – Et toi tu as émis combien de CO2 pendant tes vacances?
Antoine - Six kilos.
Hélène - C’est sûr, ça fait une différence… Ben, le gouvernement n’avait qu’à faire une campagne de prévention, ce n’est pas de ma faute si je ne suis pas informée !
Antoine – Ce n’est pas de l’information qu’il te faut, mais du bon sens! La mer n’est pas une autoroute où on fait de la moto, ce qu’on y fait c’est nager ! Et la France a deux tiers de côtes maritimes, accessibles en train !
Hélène - Mais dix tonnes ce n’est rien….
Antoine – La moitié des émissions de CO2 est faite par les particuliers ! Nous sommes tous dans le même bateau et il va bientôt couler ! Tu balances les canots de sauvetage à la mer avec ce que tu fais ! Tes vacances plombent tout le bénéfice environnemental des miennes !
Hélène -Tu es le premier à ne pas être fasciné par mes vacances !
Antoine – Et toi tu es bien la énième à ne pas être fascinée par mes vacances…
Hélène – Désolée… euh…comment pourrais-je compenser le CO2 que j’ai gâché?
Antoine – Ben ... je peux coach surfer chez toi ce soir ?
( couch surfing* : « prêt de canapé » www.couchsurfing.org
eco-calculateur de transports : www2.ademe.fr/eco-deplacements/)
14:50 Publié dans Autres thèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23 juillet 2009
Au-delà de la HQE
L’intégration de l’environnement et de la question de la lutte contre le réchauffement climatique dans le bâtiment s’organise en France sur deux axes, à la fois règlementaire, avec par exemple la Réglementation Thermique (avec une consommation énergétique de 50 Kw/m2/an en point de mire), et les démarches volontaires, avec la HQE (Haute Qualité Environnementale). La démarche française HQE est une sorte de guide d’engagement qui inclut de nombreuses thématiques liées à l’environnement : l’eco-construction, l’eco-conception, l’eco-gestion, les questions de santé des habitants des bâtiments, etc. qu’ils soient des habitations, des bureaux, des commerces, et depuis peu, des hôpitaux. Très médiatisée et mise en avant par les communicants du secteur immobilier, la norme HQE a pourtant des limites. Tout d’abord, sa traduction visuelle dans les bâtiments n’est pas encore probante. Si quelques ossatures en bois sont apparues grâce à la HQE, force est de constater que l’immeuble de bureau HQE reste encore majoritairement en “ verre-acier ”. L'élan artistique inspiré ou en harmonie avec l'environnement n'a pas démarré, sauf en Autriche. Ensuite, l’environnement du bâtiment lui-même semble mis au second plan. Un hôtel de luxe HQE dans un écosystème fragile ou un centre commercial HQE accessible uniquement en voiture et nécessitant d’imperméabiliser des milliers d’hectares sont des paradoxes possibles d’un bâtiment HQE. La HQE atteint ton hit de médiatisation pour des projets de tours, or celles-ci sont ni la meilleure réponses à la mobilité et densité urbaines ni à la paix sociale. Enfin, on peut se demander, en période de réchauffement climatique, de crise économique et de chute des investissements immobiliers, si une norme réservée à l’habitat neuf mérite d’être la vedette, alors que les bâtiments anciens, bien plus nombreux, ne cessent de consommer de plus en plus d’énergie...
20:01 Publié dans Autres thèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
26 juin 2009
Le Climat aura-t-il la peau de l’Océan ?
« La mer a déjà sauvé la terre et elle doit continuer ». Ce sont les propos du très éminent Edouard Bard, directeur de la chaire de l’évolution du climat et des océans du Collège de France.
Pourquoi la mer nous a-t-elle déjà sauvés ? Edouard Bard donne trois raisons. Tout d’abord elle stocke d’ores et déjà un tiers des émissions de CO2 dues à l’activité humaine et nous évite d’avoir à l’heure actuelle les chaudes températures que nous prévoyons pour la fin du siècle (500 ppm) ! Ensuite, grâce à son pouvoir réfléchissant, la banquise renvoie une partie de la chaleur solaire et donc freine le réchauffement. Enfin, l’océan est un formidable aspirateur de chaleur : 85 % de la chaleur est captée par les océans, un sacré service au moment où la planète vient d’augmenter de 1° en un siècle.
Mais ce service rendu par l’océan est menacé. A qui la faute ? A l’acidification des océans et au réchauffement climatique. Nous voilà donc partis pour un cercle vicieux qui n’est pas prêt de s’arrêter. Le beau miroir de glace s’érode avec la fonte de la banquise due au réchauffement plus intense aux pôles, il a déjà perdu 50% de sa superficie en trente ans, et son coefficient d’albédo baisse à cause du carbone suie (particules diesel) lié au trafic maritime. La capture de la chaleur est elle aussi menacée par le moindre brassage des masses d’eau mais c’est surtout l’acidification, également due au réchauffement, qui freine le service le plus déterminant : le stockage du carbone.
A ce train là, le prochain rapport du GIEC annoncera 1 mètre d’élévation du niveau des mers en 2100 et non 60 cm comme dans le dernier rapport !
Imaginons ce qui se passerait si nous bloquions pour toujours notre émission de CO2 au niveau actuel (390 ppm). La terre continuerait à se réchauffer légèrement à l’échelle de quelques siècles, et l’élévation du niveau des mers persisterait sur des centaines et milliers d’années, à cause de la dilatation des océans et la fonte des calottes de glace
(le Groenland, ça met du temps à fondre !).
voir le schema Document4.pdf (source : IPCC)
Le Grenelle de la mer, tombe donc à brûle pour point. Il favorise la prise de conscience de l’interdépendance entre terre, mer et activité humaine. Les océans comme ressources énergétiques, minérales, alimentaires ou médicales à venir et comme réceptacle des rejets produits sur terre rendent cette interdépendance capitale pour l’avenir de l’humanité. Comment résoudre le problème? En cessant de voir l’océan comme une simple source d’extraction mais en sachant l’investir avec intelligence et prospective ; en accélérant l’intégration du développement durable dans les activités industrielles et humaines ; enfin, en protégeant mieux les écosystèmes fragiles. Parmi les 500 propositions du Grenelle de la mer figurent, entre autres, la protection du tiers du littoral d’ici 2020, l’encadrement de la pêche de loisir, l’évolution des bateaux de pêche, mais aussi la création d’une Agence nationale de l’archipel France. Avec cette dernière idée totalement inédite, la France devient un archipel à l’échelle de la planète, en interface avec toutes les aires de civilisation du monde, et chaque territoire y a sa dynamique propre de développement durable, mise en réseau par l’instance centrale. Pour l’heure, le Grenelle de la mer entame sa phase de concertation nationale, avant la table ronde finale de début juillet. Un processus législatif s’en suivra-t-il ?
Pour l’heure, l’urgence est à la recherche scientifique. Lors de la clôture de la 4ème année polaire internationale, le professeur Thomas Stocker, Co-président du GIEC, a rappelé les inconnues à résoudre : quel est le lien exact entre la fonte de la banquise et l’élévation du niveau des mers ? Le dégel de l’Antarctique aura-t-il lieu et quand ? Comment réagira le permafrost au dégel ? Quelle sera l’incidence de la baisse du PH de l’océan sur les écosystèmes marins ? Et enfin… le changement climatique d’origine humaine est-il irréversible ?
19:54 Publié dans Autres thèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17 juin 2009
Paradis Fiscaux et Environnement
Cet article a été publié dans ma chronique sur Neoplanète numéro Juin/Juillet
Le mot d’Alice : Paradis Fiscaux
Les paradis fiscaux ont subitement quitté leurs belles îles lointaines pour incarner la face sombre du capitalisme patrimonial dérégulé. Désignés comme responsables de la crise financière, ils sont devenus la cible de l’intervention de l’Etat. C’est tant mieux, non seulement pour la finance mais aussi pour l’environnement. Mais qu’ont à voir les paradis fiscaux avec l’écologie, vous demandez-vous ? C’est pourtant simple. Avec quoi un Etat finance-t-il une politique environnementale, nécessitant de lourds investissements, des infrastructures et de la recherche, donc non rentable à court terme ? Des moyens financiers. D’où viennent-t-ils ? Principalement de l’impôt. Or les paradis fiscaux servent à quoi ? A l’évasion fiscale des particuliers. C’est quoi l’astuce ? Camoufler ses revenus en les encaissant dans …les paradis fiscaux. Et voilà 50 milliards d’euros par an de recettes fiscales en moins ! …qui auraient pu être investies pour des projets de long terme, pour le développement durable ! Mais alors, que font les banques ? Ne font-elles pas un peu le gendarme ? Loin de là. Toutes nos plus grandes banques françaises ont des filiales dans les paradis fiscaux, l’une y a 57 filiales, l’autre 115, une autre encore 189 (selon Alternatives Economiques)! Ce qui se passe dans ces filiales, on se le demande….En attendant, aucune trace de ces filiales dans les rapports de développement durable des mêmes grandes banques françaises alors qu’elles y prônent la transparence et l’engagement en faveur de l’éthique et du développement durable. Le premier éco-geste ne serait-il finalement pas, quand les revenus le permettent, de payer ses impôts … et de bien choisir sa banque ?
Télécharger l'article, Neoplanète, N° Juin/Juillet 2009 (www.neo-planete.com)
21:10 Publié dans Autres thèmes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
23 avril 2009
Luxe : quelle extension de garantie ?
Cet article a été publié dans ma chronique sur Neoplanète, numéro Avril/Mai
Le mot d'Alice : Luxe
Je suis d’accord avec Voltaire : « Le superflu est chose très nécessaire ». Mais à l’heure de l’augmentation de la pollution, de la pénurie de ressources, des atteintes aux droits de l’homme, de l’essor de la mafia, de la déforestation, de l’extinction d’espèces, je me pose la question des impacts de ce « superflu ». Comment ne pas mettre en doute les produits de luxe réputés irréprochables qui m’entourent ? M’est-il encore possible de croire que la beauté soit une expression de la pureté ? J’ai soudain un vertige, le doute envahit mes joyaux, mes cadeaux, mes envies. Je les regarde subitement avec défiance. Une forêt ancienne a-t-elle été abattue pour fabriquer le magnifique carton d’emballage de mon parfum préféré ? Un enfant a-t-il poli la pierre précieuse de ma bague ? Du chrome a–t-il pollué une rivière pour teindre mon beau sac à mains ? Une montagne a-t-elle été détruite pour extraire l’or que je porte à mon cou ? Une dictature a-t-elle été soutenue par l’achat des petits saphirs qui sont à mes oreilles ? Des ouvrières ont-elles été expulsées parce qu’elles s’étaient syndiquées dans l’usine qui a fabriqué mon foulard ? Et dans quelles conditions est mort ce vison qui orne ma manche ? Prise de panique, je lis les informations sur le développement durable de toutes mes marques préférées. Je découvre, et cela me soulage, que la marque de mon sac à mains est engagée dans le respect de l’environnement, que mon bijoutier lutte contre les diamants de guerre, qu’il existe des filières d’or équitable, mais je constate que les informations ne sont pas toutes complètes et chiffrées sur les questions que je me pose. À l’heure où je voudrais avoir le luxe de pouvoir faire confiance, d’avoir l’esprit tranquille, de me sentir harmonieuse et respectueuse du monde, si j’achète un produit de luxe, je voudrais une extension de la garantie !
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16 mai 2008
Un nouveau concept est né : l'esthétique verte
Mercredi 14 mai : Loïc Fel devient un « philosophe de la nature qui va désormais compter ». C’est le verdict de son jury de thèse d’épistémologie (comptant l’éminent Dominique Bourg) le jour de sa soutenance. Il seconde ainsi Fabrice Flipo, autre jeune et brillant philosophe « du développement durable », dont la thèse « Nature, justice et liberté » est éditée aux éditions Parangon. Le concept de Loïc est : l'esthétique verte.
Tout d'abord, qui est Loïc Fel ? Un surdoué du développement durable, un top model du «développement désirable» de 28 ans, à la fois écologue, économiste et philosophe. Vivant avec 450 espèces dans son appartement (dont une appartenant au genre humain), jonglant avec des jardins en Alsace et en Bretagne pour tester le réchauffement climatique sur les déplacements d’espèces, sa germanophilie aurait pu le conduire sur la route du romantisme allemand, sur le sentier de la Nature menant vers le Vrai. Mais, Loïc, piercé, rock’n roll et hyperactif…n’est pas vraiment du genre à ramer sur un lac du Salzkammergut.
Revenons à cette thèse qui nous vaut la naissance d’un philosophe et de son nouveau bébé concept.
Loïc fait un pari optimiste : « La connaissance écologique, la nouvelle façon dont on perçoit la nature, influent sur notre expérience esthétique, non seulement pour l’art et les artistes mais aussi pour le simple amoureux de la nature, et cela a des implications éthiques. La conscience amenée par ces connaissances est porteuse de responsabilité, de changement de comportement ». Un changement par la sensibilité donc !
Commençons par l’art. Selon l’expression d’un membre du jury, Loïc définit « l’art post anti-naturaliste » (en fait l'"esthétique verte" ). Traduction : un art qui renoue avec la nature en lui laissant sa place, c’est-à-dire, en étant capable de s’effacer devant elle.
En gros la nature et l’art, ça fait longuement qu’ils sont dos à dos. La faute à Hegel, car il a fait bifurquer l’esthétique vers un mauvais chemin : la philosophie de l’art, avec tout un tas de concepts qui n‘étaient plus liés à la nature, comme l’abstraction, la culture et l’histoire. Il a fallu attendre les années 2000 pour que le lien se renoue, d’une part entre nature et éthique, avec des allemands comme Habermas (qui a toujours considéré que l’esthétique était incluse dans la protection de l’environnement) puis, grâce à des anglo-saxons plutôt inconnus ici concernant le lien entre esthétique et nature. Ce dernier lien vaut d'être pensé à l’aune de l’écologie actuelle. Aujourd’hui, les écosystèmes, le réchauffement climatique, les techniques d’analyse de cycle de vie, etc. sont de nouveaux savoirs qui expliquent davantage la nature au travers de systèmes interdépendants que d’ objets isolées comme un arbre ou même un paysage. Avant, dans une démarche artistique, la nature était représentée, car la connaissance scientifique était avant tout descriptive et pouvait donc correspondre à une esthétique de la représentation. Aujourd’hui la science est explicative des phénomènes complexes, nécessitant d’autres modes de présentation. Avec cette nouvelle connaissance scientifique, la représentation de la nature n’a plus aucune pertinence, seule la présentation l’est. Et l’on voit même aujourd’hui des œuvres d’artistes contemporains (comme Herman De Vries) consistant tout simplement à délimiter un espace de biodiversité « intact », libéré de la main de l’homme, un bel exemple d’ «écocentrisme» (l’écosystème au centre) qui fait un beau bras d’honneur à l’anthropocentrisme (l’homme au centre) !
Si on va droit au but, la grande affaire philosophique actuelle est donc de faire en choix entre deux paradigmes: anthropocentriste ou écocentriste. Pascal Acot membre du jury pose la question piège : « L’anthropocentrisme conduit à la même finalité de l’écocentrisme, car l’homme a tout intérêt à préserver son environnement pour assurer sa viabilité sur terre. Alors pourquoi plaider pour l’écocentrisme ?» Voilà une question cruciale : l’intérêt individuel peut-il avoir la même finalité que l’intérêt collectif en matière de respect de l’environnement ? La réponse de Loïc est formelle : non, l’anthropocentrisme ne conduit pas aux mêmes choix, au même périmètre, la notion d’utilité/inutilité prédomine et n’est pas dans la même logique que celle des écosystèmes, des dommages irréversibles sont donc possibles. « Prenons un exemple extrême, la plante qui pousse le bitume a une valeur car elle locale et de génération spontanée, or l’homme, même dans un principe d’anthropocentrisme ayant parfaitement intégré le respect de la nature, ne verra pas l’intérêt de la conserver. » Donc seule l’attitude écocentriste garantit le respect de la nature. Résumons : l’anthropocentriste est le nouveau has been (y compris ses nouvelles idées de geo-ingénierie sont également has been... et dangereuses) et il n’est pas nécessaire d’épouser son animal domestique pour devenir ecocentriste. A vous de choisir ! :-).
Pour info, sa thèse (avec 90% de pages en moins on l'espère), sera bientôt publiée.
Voir le blog de Loic : http://ecologie-esthetique.blogspirit.com, avec les photos d'Olivier Martin-Delange, son artiste préféré.
15:50 Publié dans Autres thèmes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Loïc Fel, COAL, Olivier Martin-Delange
21 janvier 2008
Un nouveau blog vert est né
Martin Chaste, un étudiant passionné et passionnant qui m’a beaucoup aidée cette année sur des actions concrètes en entreprise (par exemple la poubelle Elise, c’est lui) est parti en Chine à Pékin pour un an dans le cadre de son master Développement Durable de Dauphine.
Il vient d’ouvrir un blog où il donne son regard « développement durable » sur sa vie là-bas ! (Non Martin, n'achète pas de faux Veja au marché noir, ils ne sont pas équitablo-organiques ! :-)
VOIR LE BLOG DE MARTIN CHASTE: http://greening-beijing.over-blog.com/
Ayant eu connaissance de la sortie d’Ecopublicité qui est une ACV des supports publicitaires, Martin vient de m’écrire, avec photo (ci-dessous) à l'appui : « Mais l'outil prend t-il en compte l'impact d'un affichage sur un support en bloc de glace ? Une pub pour un 4x4 sur un mur de glace, un beau paradoxe, non ? J'étais à Harbin ce week end, par - 26°C. »
C'est clair, il fallait y penser! En tout cas, un bon point sur le plan de l'environnement : pas besoin de colle ! :-)

13:50 Publié dans Autres thèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Martin Chaste
09 avril 2007
Peuple autochtone européen contre réchauffement climatique
Les Sami, peuple autochtone européen, subissent de plein fouet le réchauffement climatique. Leur Conseil s’est réuni à Nellim le 16 mars dernier pour faire le point. Une bonne occasion de mieux connaître ce peuple des grands froids dont la vie dépend fortement de la forêt et du climat et de se pencher sur la menace qui pèse sur les rennes, au coeur de leur culture et de leur économie.
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10 juillet 2006
Sélection de livres
Article publié dans 2050, N° juillet-août 2005
Pédagogie
Planète Attitude et Planète Attitude Junior, Seuil/WWF.
Un bon guide sur ce que nous pouvons faire concrètement au quotidien pour réduire notre ‘’empreinte écologique’’. Les gestes écologiques sont présentés de façon accessible et ludique.
80 hommes pour changer le monde , S. Darnil & M. Le Roux JC Lattès
Un tour du monde en 80 hommes et femmes exemplaires qui placent leur performance professionnelle à un niveau collectif (environnemental, social…) et pas seulement individuel.
Chroniques du ciel et de la vie, H. Reeves, Seuil
Hubert tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de notre planète tout en relativisant son importance dans le cosmos. Clair et inspiré à la fois.
Classique
L’Amant de Lady Chatterley, D.H. Lawrence, Folio
Non seulement ce chef d’oeuvre devrait être retiré des rayons de littérature érotique car il date de 1919… mais il devrait être reconnu comme une réflexion magistrale sur le rapport industrie/nature.

Mouvements Actuels
Eco-Economie, Lester Brown, Seuil
Le boss du World Watch Institute détaille le « nouveau paradigme » qui prône une intégration de l’écologie dans l’économie. Accessible aux non économistes et non écolos. Le temps de l’Anti-pub, S. Darsy Actes SudLa bible de l’anti-pub en France. Un ton clair qui permet de connaître le mouvement et de comprendre pourquoi il va s’amplifier.
Seventies
La Convivialité, Y. Illitch, Points
Dans le haut dans la pile des Fondamentaux de la critique de la société industrielle.
Les Passions et les Intérêts A. O. Hirschman, PUF
Albert O. Hirschman montre « comment pour combattre les passions on fera appel aux intérêts » au XVIIIè siècle, autrement dit comment les activités lucratives telles que le commerce et la banque auparavant mal jugées devinrent le nec plus ultra.
Et si je suis désespéré que voulez vous que j’y fasse ? G.Anders, Allia
Un homme à connaître et aimer, qui nous alerte en 1977 sur l’insuffisance de notre imagination pour prévoir toutes les conséquences de notre puissance technique.
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