29 juin 2008
Sortie en France du premier film sur l’Ecomafia : aucune aide financière et un accueil distant des milieux environnementaux
"Biùtiful Cauntri", premier film documentaire au monde sur le thème de l’Ecomafia réalisé en 2007 par Esmeralda Calabria a pour thèmes le rôle de la mafia dans la non gestion des déchets et le vécu par la population locale des pollutions qui en résultent. Le film s’appuie sur le rapport de Legambiente (première ONG environnementale italienne) mais aussi un rapport parlementaire. Le film n’apporte aucun scoop, les données sur l’Ecomafia étant publiques, mais propose une mise en image « coup de poing » de ces informations. C’est le « Cauchemar de Darwin » appliqué à la Campanie, premier territoire de la filière ordure des Caselesi (l’équivalent de la Casa Nostra en Sicile), qui ont un chiffre d’affaires global, toutes activités confondues, de 30 milliards d’euros. Le film sort en France au cinéma le 16 juillet.
L’Ecomafia, c'est-à-dire les activités de la mafia relatives au marché de l’environnement, compte parmi ces enjeux à la fois nouveaux et gigantesques qui restent pourtant au rang des sujets mal connus, au-delà des scandales médiatisés de la gestion des déchets à Naples et de la dioxine dans la mozzarella. La gestion des déchets (qui comprend l’enfouissement mais aussi le transport vers le Sénégal, le Pakistan, la Chine, la Tunisie…) et la pollution de la flore et de la faune qui en résulte ne sont qu’une partie de l’Ecomafia. Elle recouvre le cycle du ciment, le trafic d’animaux, les constructions illégales, les courses et combats illégaux d’animaux, etc. L’ensemble a rapporté 18 milliards d’euros à la mafia en 2007 selon le Rapport Ecomafia 2008 de Legambiente. Selon le même rapport, en 2007 : 30 000 effractions à la législation environnementale, 4866 décharges sauvages, 26 millions de tonnes de déchets gérés de façon illégale en Italie, 30 000 habitations illégales (en Italie, une maison sur 10 est illégale) ont été recensés. Le cas de la construction illégale (complexes touristiques, immeubles…) est à corréler avec les 225 000 hectares de forêts partis en fumée en Italie l’an dernier par des incendies volontaires. La radioactivité arrive également dans le jeu : récemment des traces d’iode 131 ont été retrouvées dans les déchets en Italie du Sud.
Déjà sorti et acclamé par la critique en Italie, la France sera le deuxième pays à accueillir le film. Non sans le courage héroïque du jeune François Scippa Kohn, son distributeur (Chrysalis Films), car les portes n’ont pas été grandes ouvertes et tout particulièrement dans le domaine de l’environnement, secteur sur lequel le distributeur pensait pouvoir compter. Malgré ses multiples demandes et la qualité exceptionnelle du documentaire, il n’a bénéficié d’aucune aide financière et doit se résoudre à ne pouvoir distribuer que trois copies du film (une copie = une salle de cinéma). Il n’a pas pu trouver les 35 000 euros qui lui auraient permis de faire 15 copies et d’atteindre ainsi une audience digne du sujet traité. « Les entreprises environnementales comme Veolia et Suez m’ont fait savoir qu’elles refusaient de soutenir le film, et pour les grandes ONG environnementales comme Greenpeace ou le WWF, je n’ai eu que de simples félicitations sur la qualité du film, rien d’autre. Naturalia, qui avait financé à hauteur de 30 000 euros la sortie de Notre Pain Quotidien n’a pas non plus retenu le sujet pourtant source d’une alimentation délinquante et toxique. » témoigne François Scippa Kohn. Dans le petit monde de l’environnement français, seuls France Nature Environnement, Nature & Découvertes et des blogs «écolo» ont manifesté une envie d'apporter une aide, mais seulement en termes de visibilité... aide déjà acquise côté médias auprès de Libération (qui a un journaliste remarquable sur ces questions, Dino Dimeo) et France Culture. La conclusion est parlante : un film au moins aussi important que «Notre pain quotidien», «Une vérité qui dérange» ou le «Cauchemar de Darwin» ne bénéficie d’aucune aide financière pour être distribué.
Pendant ce temps, la convergence entre criminalité et environnement s’accélère et de nouvelles activités de l’Ecomafia démarrent, comme la spéculation sur le reboisement et l'eau.
A l’heure où la France décide enfin du principe pollueur-payeur mais sans intégrer les filiales, et où l’inscription du délit environnemental au code pénal (comme le réclame ardemment Vittorio Cogliati le président le Legambiente) n’est pas abouti, la loi ne permet pas de résoudre le problème : la responsabilité et la culpabilité peuvent encore être séparées. La bombe qui se cache derrière le problème le rend d’autant plus complexe à dénouer : le lien entre les activités «propres» et la mafia à la fois sous-traitante et investisseur richissime. Les revenus de la mafia proviennent pour partie d’argent propre et repartent pour partie dans des activités propres, surtout à l'international. La lutte anti-blanchiment est à la traîne, laissant passer de l’illégal vers le légal des milliards d’euros. Dans les rapports annuels des établissements financiers, les informations sur la lutte anti blanchiment restent générales, peu chiffrées et peu ambitieuses, comme le démontre Odilon Audouin, expert en anti-blanchiment et PDG d’Intelleval. La justice italienne commence elle à accélérer. Le procès Spartacus marque la première action d'envergure en Campanie et la deuxième condamnation massive de mafieux (16 peines à perpétuité) dans un climat terrible de liquidation de tous ceux qui, chefs d’entreprise au premier rang, ont décidé de collaborer avec la justice. Mais là encore, la solution doit avant tout être sociale, la pauvreté étant le premier fléau de tous. Il n’est pas un hasard que dans l’Union Européenne, la Mafia soit la plus développée en Italie du Sud : c’est une région pauvre où l’emploi est difficile à trouver. La Mafia emploie et paye.
L’expansion de la finance, d’Internet et de la criminalité, et la multiplication de leurs interconnexions, sont les enjeux les plus complexes mais aussi les plus prioritaires. Aucune solution environnementale ne peut aboutir sans une action en amont sur ces terrains. Le retard des acteurs de l’environnement sur ces sujets est préoccupant. La question du lien entre finance et environnement est chère aux Amis de la Terre, mais qui agit sur la question du lien entre environnement et criminalité ?
Voir, aider et soutenir le film est une action pro-environnentale pertinente non seulement pour identifier le problème, mais surtout pour contribuer à la solution : la seule force pour lutter contre la mafia est la mise en lumière de leurs activités de l'ombre. Or le 16 juillet, seules trois salles obscures pourront mettre leur projecteur sur le sujet.
Distributeur : www.chrysalis-films.com
Livre : Gomorra, Roberto Saviano (Gallimard)
Pétition : Soutien à Roberto Saviano , Soutien à Denis Robert (autre courageux presque oublié, sur le terrain de la finance)
12:30 Publié dans Autres Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecomafia, Scippa Kohn, Biùtiful cauntri, Chrysalis films
16 mai 2008
Un nouveau concept est né : l'esthétique verte
Mercredi 14 mai : Loïc Fel devient un « philosophe de la nature qui va désormais compter ». C’est le verdict de son jury de thèse d’épistémologie (comptant l’éminent Dominique Bourg) le jour de sa soutenance. Il seconde ainsi Fabrice Flipo, autre jeune et brillant philosophe « du développement durable », dont la thèse « Nature, justice et liberté » est éditée aux éditions Parangon. Le concept de Loïc est : l'esthétique verte.
Tout d'abord, qui est Loïc Fel ? Un surdoué du développement durable, un top model du «développement désirable» de 28 ans, à la fois écologue, économiste et philosophe. Vivant avec 450 espèces dans son appartement (dont une appartenant au genre humain), jonglant avec des jardins en Alsace et en Bretagne pour tester le réchauffement climatique sur les déplacements d’espèces, sa germanophilie aurait pu le conduire sur la route du romantisme allemand, sur le sentier de la Nature menant vers le Vrai. Mais, Loïc, piercé, rock’n roll et hyperactif…n’est pas vraiment du genre à ramer sur un lac du Salzkammergut.
Revenons à cette thèse qui nous vaut la naissance d’un philosophe et de son nouveau bébé concept.
Loïc fait un pari optimiste : « La connaissance écologique, la nouvelle façon dont on perçoit la nature, influent sur notre expérience esthétique, non seulement pour l’art et les artistes mais aussi pour le simple amoureux de la nature, et cela a des implications éthiques. La conscience amenée par ces connaissances est porteuse de responsabilité, de changement de comportement ». Un changement par la sensibilité donc !
Commençons par l’art. Selon l’expression d’un membre du jury, Loïc définit « l’art post anti-naturaliste » (en fait l'"esthétique verte" ). Traduction : un art qui renoue avec la nature en lui laissant sa place, c’est-à-dire, en étant capable de s’effacer devant elle.
En gros la nature et l’art, ça fait longuement qu’ils sont dos à dos. La faute à Hegel, car il a fait bifurquer l’esthétique vers un mauvais chemin : la philosophie de l’art, avec tout un tas de concepts qui n‘étaient plus liés à la nature, comme l’abstraction, la culture et l’histoire. Il a fallu attendre les années 2000 pour que le lien se renoue, d’une part entre nature et éthique, avec des allemands comme Habermas (qui a toujours considéré que l’esthétique était incluse dans la protection de l’environnement) puis, grâce à des anglo-saxons plutôt inconnus ici concernant le lien entre esthétique et nature. Ce dernier lien vaut d'être pensé à l’aune de l’écologie actuelle. Aujourd’hui, les écosystèmes, le réchauffement climatique, les techniques d’analyse de cycle de vie, etc. sont de nouveaux savoirs qui expliquent davantage la nature au travers de systèmes interdépendants que d’ objets isolées comme un arbre ou même un paysage. Avant, dans une démarche artistique, la nature était représentée, car la connaissance scientifique était avant tout descriptive et pouvait donc correspondre à une esthétique de la représentation. Aujourd’hui la science est explicative des phénomènes complexes, nécessitant d’autres modes de présentation. Avec cette nouvelle connaissance scientifique, la représentation de la nature n’a plus aucune pertinence, seule la présentation l’est. Et l’on voit même aujourd’hui des œuvres d’artistes contemporains (comme Herman De Vries) consistant tout simplement à délimiter un espace de biodiversité « intact », libéré de la main de l’homme, un bel exemple d’ «écocentrisme» (l’écosystème au centre) qui fait un beau bras d’honneur à l’anthropocentrisme (l’homme au centre) !
Si on va droit au but, la grande affaire philosophique actuelle est donc de faire en choix entre deux paradigmes: anthropocentriste ou écocentriste. Pascal Acot membre du jury pose la question piège : « L’anthropocentrisme conduit à la même finalité de l’écocentrisme, car l’homme a tout intérêt à préserver son environnement pour assurer sa viabilité sur terre. Alors pourquoi plaider pour l’écocentrisme ?» Voilà une question cruciale : l’intérêt individuel peut-il avoir la même finalité que l’intérêt collectif en matière de respect de l’environnement ? La réponse de Loïc est formelle : non, l’anthropocentrisme ne conduit pas aux mêmes choix, au même périmètre, la notion d’utilité/inutilité prédomine et n’est pas dans la même logique que celle des écosystèmes, des dommages irréversibles sont donc possibles. « Prenons un exemple extrême, la plante qui pousse le bitume a une valeur car elle locale et de génération spontanée, or l’homme, même dans un principe d’anthropocentrisme ayant parfaitement intégré le respect de la nature, ne verra pas l’intérêt de la conserver. » Donc seule l’attitude écocentriste garantit le respect de la nature. Résumons : l’anthropocentriste est le nouveau has been (y compris ses nouvelles idées de geo-ingénierie sont également has been... et dangereuses) et il n’est pas nécessaire d’épouser son animal domestique pour devenir ecocentriste. A vous de choisir ! :-).
Pour info, sa thèse (avec 90% de pages en moins on l'espère), sera bientôt publiée.
Voir le blog de Loic : http://ecologie-esthetique.blogspirit.com, avec les photos d'Olivier Martin-Delange, son artiste préféré.
15:50 Publié dans Autres Articles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Loïc Fel, COAL, Olivier Martin-Delange
21 janvier 2008
Un nouveau blog vert est né
Martin Chaste, un étudiant passionné et passionnant qui m’a beaucoup aidée cette année sur des actions concrètes en entreprise (par exemple la poubelle Elise, c’est lui) est parti en Chine à Pékin pour un an dans le cadre de son master Développement Durable de Dauphine.
Il vient d’ouvrir un blog où il donne son regard « développement durable » sur sa vie là-bas ! (Non Martin, n'achète pas de faux Veja au marché noir, ils ne sont pas équitablo-organiques ! :-)
VOIR LE BLOG DE MARTIN CHASTE: http://greening-beijing.over-blog.com/
Ayant eu connaissance de la sortie d’Ecopublicité qui est une ACV des supports publicitaires, Martin vient de m’écrire, avec photo (ci-dessous) à l'appui : « Mais l'outil prend t-il en compte l'impact d'un affichage sur un support en bloc de glace ? Une pub pour un 4x4 sur un mur de glace, un beau paradoxe, non ? J'étais à Harbin ce week end, par - 26°C. »
C'est clair, il fallait y penser! En tout cas, un bon point sur le plan de l'environnement : pas besoin de colle ! :-)

13:50 Publié dans Autres Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Martin Chaste
09 avril 2007
Peuple autochtone européen contre réchauffement climatique
Les Sami, peuple autochtone européen, subissent de plein fouet le réchauffement climatique. Leur Conseil s’est réuni à Nellim le 16 mars dernier pour faire le point. Une bonne occasion de mieux connaître ce peuple des grands froids dont la vie dépend fortement de la forêt et du climat et de se pencher sur la menace qui pèse sur les rennes, au coeur de leur culture et de leur économie.
L'article a une version pdf avec photos (à télécharger) SAMIarticle.pdf
16:20 Publié dans Autres Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sami, Sami Global Warming
18 décembre 2005
Art et développement durable
En 2004, encore directrice du marketing et de la communication de Novethic, j'ai eu la volonté d'organiser un colloque sur "Art Contemporain et Développement Durable, l'artiste comme partie prenante" car pour moi les artistes sont une partie prenante à part entière, totalement sous-entendue et encore très inconnue des décideurs économiques et même des ONG.
MPG Art m'a aidée à organiser cet évènement.
Voici tous les documents du colloque à l'UNESCO.
Présentation d'une page de l'évenement :
FORUMVF.pdf
Le programme
PROGRAMME.qxp.pdf
L' abstract
abstract8juin - FR.doc
Un catalogue d'artistes (dont un certain nombre présents à l'évenement)
catalogue artistes.pdf
19:40 Publié dans Autres Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

