15 novembre 2010

Prix Pictet 2011 : exposition des finalistes

La Galerie Les Filles du Calvaire expose les finalistes du prix Pictet 2011, « premier prix photographique d’envergure internationale dédié au développement durable ». Il porte cette année sur le thème de la Croissance (Growth).

La qualité des photographies est incontestable. Les meilleurs photographes, les plus engagés et plus talentueux, sont dans la course. Et pourtant, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans ce bouquet final. De façon générale, l’écho avec le thème n’a pas su être trouvé. Le problème de fond ne vient pas de la démarche des photographes, mais du choix du thème lui-même. Comment aborder un thème aussi général avec des cas aussi particuliers, si pertinents et indispensables soient-ils, comme la série de Nyaba Leon Ouedraogo sur le trafic illégal de déchets électroniques, la série de Christian Als dans le bidonville de Nairobi ou encore les images de Chirs Jordan ayant déjà fait le tour du monde sur les déchets en plastiques dans les cadavres de bébés albatros ? On s’attaque à une partie et on n’atteint pas le tout. Le photographe Stéphane Couturier tente une approche d'ensemble, au travers la description schématique de la production industrielle, mais le rendu photographique est peu convaincant. Le coréen Yeandoo Jung avec la série "Evergreen tour" (photo ci-dessous) est sans doute celui qui s’approche le plus de l’impossible but. Juxtaposant des photographies des salons des habitants de la tour Evergreen, il aborde la dynamique d'uniformisation des modes de vie.

Le fait est que le terme « Croissance » n'est pas un mot rattaché au développement durable. Tel un miroir de notre société, il n'est pas porteur au-delà de la critique. Le propos du développement durable est justement de quitter le paradigme de la croissance, de cesser de raisonner « croissance », sinon pour créer une croissance différente appelée « croissance verte ».
Il aurait par exemple été préférable de partir sur un synonyme de la Croissance, appartenant d’ores et déjà à l'univers du développement durable, comme par exemple le mot Prospérité (cf. le fameux livre "Prospérité sans croissance", « Prosperity without Growth » de Tim Jackson). Il se présence justement comme l’alternative de la croissance. Ou encore plus classique mais déjà différent, le mot Développement. Cela aurait permis d’éviter une énième critique en règle de la croissance et l'impression de "déjà vu" qui émane des photographies des finalistes.
Depuis 1972, la critique la plus juste et aboutie de la croissance (rapport « Limits to Growth ») est déjà constituée. De nombreux indicateurs, observateurs, auteurs, rapports, scientifiques, ONG, intellectuels, ont déjà nourri, complèté, élargi, la critique de la croissance. Cette critique est mûre, pleine, riche. Il faut bien sûr l’actualiser. Mais plus urgemment encore, il faut s'en servir pour changer. Répéter la critique est un champ créatif limité.

Par ailleurs, dans les communications du Prix, le thème de la croissance est présenté de façon biaisée, la croissance serait, très schématiquement, bien pour le social mais pas bien pour l'environnement. Citons le communiqué de presse du Prix : « Pourtant, alors qu’elle semble nous emmener tout droit vers une catastrophe environnementale, la croissance améliore chaque jour la santé et les conditions de vie de millions de personnes à travers le monde ». Cette présentation est subjective, idéologique, incomplète, sinon fausse. Car la croissance menace aussi chaque jour la santé et les conditions de vie de millions de personnes à travers le monde. La croissance, quand elle s'empare du marché du Bio ou des énergies renouvelables, est aussi un bienfait pour l'environnement. Et elle nous emmène tout droit vers une catastrophe tout autant sociale qu’environnementale. Quelle objectivité de l’image peut être garantie si cette dernière illustre un thème d’ores et déjà orienté dans sa présentation ? Si le but était de ne sélectionner que les dimensions négatives environnementales de la croissance, alors il aurait fallu dans ce cas choisir des thèmes plus ciblés comme : "erosion", "pollution", etc.

S'il faut attendre 2012 pour que le prix Pictet retrouve le champ lexical du thème sur lequel il se positionne, les photographies de ce Prix 2011 sont, dans tous les cas, fort belles et fort utiles.

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Galerie Les Filles du Calvaire
17, rue des Filles-du-Calvaire
75003 Paris
Exposition jusqu'au 29 novembre 2010.

19 octobre 2010

La Frieze Art Fair vue sous l'oeil du développement durable

L'angle du développement durable, sensible aux thématiques environnementales et sociale et à l'intégration de la société civile dans les démarches de création, permet un regard et un questionnement spécifiques sur l'art contemporain. La Frieze Art Fair qui s'est déroulée le week-end dernier à Londres offrait des oeuvres très intéressantes de ce point de vue.

Les oeuvres les plus significatives peuvent se ranger en quatre grandes catégories, les archéologues du futur, qui explorent le regard qui sera porté dans le futur sur notre mode de vie actuel, les naturalistes, qui montrent une nature intacte et expérimentent des relations ancestrales avec elle, les co-créateurs, qui intègrent des acteurs de la société civile dans le processus de création, les joueurs, qui instrumentalisent ou détournent les animaux pour créer une proposition déconnectée du moyen employé.

Les archéologues du futur
Damian Ortega, sur-représenté dans cette édition 2010, joue de son procédé d'éclatement d'objet en 3D en disposant cette fois en 2D au sol les différentes pièces d’un moteur à réaction comme un squelette de dinosaure que découvriront les paléontologues futurs. Allora & Calzadilla présentent « Petrify Petrol Pump », une pompe à essence pétrifiée, comme vestige d'un mode révolu, pre-peak oil. Cette démarche est un clin d'oeil amusant mais est loin d'être la plus stimulante.

Les naturalistes
Marcus Coates, ornithologue, naturaliste et chaman, est sans doute l’artiste le plus sensationnel et le plus engagé de la Frieze. Dans un « retour à la nature », l'artiste anglais communique avec l’esprit des animaux et le transmet à travers des performances ou « consultations » à des urbains éloignés des animaux. Les oeuvres présentent les costumes chamaniques ainsi que les vidéos de ses consultations. La consultation du maire de Holon et son adjoint, en Israël, était une vidéo présentée.

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Plus contemplative et révélatrice d'une nature intacte, la nouvelle série « Natura Nova » de la photographe allemande Ricarda Roggan propose de magnifiques ciels très nuageux en noir et blanc, ainsi que le vert foisonnant de cimes d'arbres. Le belge Geert Goiris, artiste voyageur habitué de l'antarctique, présente une vue saisissante de cette terre gelée et bleue ainsi qu'un Cactus ayant une forme aranéide, à la galerie Catherine Bastide.

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Les co-créateurs
Liza Lou, obsessionnelle des perles dont elle a déjà couvert une cuisine dans son oeuvre "Kitchen", présente ici à la galerie White Cube, Continuous Mile, immense tressage de cordes faites à partir de minuscules perles noires. L'artiste remercie les artisans de KwaZulu-Natal d'Afrique du Sud pour leur contribution à l'oeuvre. Mais difficile de savoir si ils ont contribué uniquement pour éviter une enième tandinite à l'artiste où s'il s'agit d'un projet de réelle co-création. Dans tous les cas, le résultat est somptueux.

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Les joueurs
autruche.jpgDavid Shrigley a inauguré la Frieze qui lui offrait une grande aire de jeu pour lui seul, en tatouant les visiteurs contre un don à MSF. Dans cet espace grillagé un chien empaillé brandit un panneau "I am Dead" et une autruche décapitée est placée au milieu de l'espace par ailleurs dédié à l'autodérision. On comprend que l'animal est davantage prétexte à l'humour que sujet.
Moins drôle, Damien Hirst, avec son oeuvre de 2006 "The True Artist Helps the World bt Revealing Mystic Truths", titre emprunté Bruce Nauman, montre des dizaines de poissons d'une couleur devenue jaune et effacée et aux yeux opacifiés car conservés dans du formol (processus totalement non durable, un problème déjà soulevé plusieurs fois pour son fameux requin) démontre son absence de démarche scientifique ou intellectuelle et gagne le jack-pot de la plus grosse vente de la Frieze, à 3 millions de £. Comme quoi, les jeux les plus insignifiants sont parfois les plus gagnants.

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09 août 2010

Culture et développement durable

Si le développement durable  ne devient pas une nouvelle culture, une nouvelle manière de voir et d’agir, en tenant compte des limites de ressources, des équilibres humains et des écosystèmes, cela signifie qu’il ne sera pas intégré, qu’il ne pourra se concrétiser dans le quotidien et les habitudes de chacun, et qu’il sera condamné. Pour une intégration culturelle réussie du développement durable, le secteur de la culture, des arts visuels en passant par la musique ou la littérature, doit jouer un rôle prioritaire. C’est loin d’être le cas aujourd’hui.


Le développement durable est non seulement un terme, mais un concept, une nouvelle vision du monde et une nouvelle façon de vivre. Une nouvelle civilisation est possiblement en germe. Son enjeu culturel est l’acceptation libre par chacun des limites de son environnement et l’utilisation de ces limites pour définir un nouveau cadre d’épanouissement. C’est en entrant, petit à petit, dans nos représentations, nos valeurs, nos jugements esthétiques, nos aspirations, nos envies, et enfin et surtout, dans nos habitudes, que le développement durable deviendra une réalité, une valeur fondatrice La culture prise « dans son sens le plus large […] peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeur, les traditions et les croyances. » (définition Unesco)

Une culture du développement durable atomisée

Comment se crée actuellement la culture du développement durable ? Par la diffusion de connaissances, la mise en œuvre d’actions et de gestes, la valorisation de certaines valeurs, le bouche à oreille, etc.
Les émetteurs de cette culture sont divers et nombreux :

-L’Etat, via l’enseignement du développement durable dans les établissements scolaires, les campagnes de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), les Grenelle ;

-Les « people », au travers de leurs engagements médiatisés ; alerte-climatique.jpg

-Les ONG, par la diffusion de leurs campagnes d’alerte ;

-Les politiques engagés, via leurs prises de parole ;

-Les scientifiques, au moyen de rapports, d'expertises médiatisées ;

-Les médias, via les sujets d'information, la diffusion de documentaires ;

-Les grandes entreprises que la loi oblige, dans leurs rapports annuels, à décrire leurs avancées « durables », et qui investissent dans la publicité « verte » ;

-Les citoyens engagés, enfin, qui s’expriment par leurs actions collectives, leurs blogs ;

-Les intellectuels et artistes, qui produisent des oeuvres, des analyses et une pensée sur la thématique ;

-Etc. TF1BP.jpg
Toutes ces informations et actions participent à créer une culture du développement durable. Cette culture n’est malheureusement aujourd’hui ni riche ni solide. Dispersée, quelquefois instrumentalisée, elle est même parfois agressive vis-à-vis de son sujet, aboutissant à l’émergence d’une contre-culture « anti-écolo ». Force est de constater que le développement durable, après 23 ans d’existence, n’a de succès qu’auprès d’un petit cercle d’initiés.

La perception du terme « développement durable » est loin d’être unanimement positive dans le grand public. Le développement durable est encore souvent perçu comme un oxymore insoluble, un « fourre-tout », un « eco-centrisme » dangereux, ou encore une esthétique « anti-confort ». Les projections sont nombreuses. Elles révèlent la diversité des réactions humaines face à la « mauvaise nouvelle » : la découverte des limites réelles d’un monde que nous souhaiterions illimité. Ces réactions, qu’elles prennent le visage du déni, du rejet, de la prise de conscience ou de l’enthousiasme, doivent être prises en compte dans une approche culturelle, c’est-à-dire intégrant une dimension anthropologique. Et comprises comme des étapes d’un long processus menant à l’acceptation. Le chemin qu’il reste à parcourir pour une intégration culturelle heureuse du développement durable est forcément long. Le développement durable ne pourra se diffuser qu’en tant que proposition ouverte, tolérante et conviviale.

Le dynamisme « viral » des citoyens les plus concernés, qui s’organisent en réseau sur Internet, créent des blogs spécialisés, soutiennent des initiatives, participent à des campagnes de sensibilisation, intègrent des critères de développement durable dans leurs achats, leurs projets immobiliers et d’épargne, est le levier central de la diffusion culturelle du développement durable. Il s’agit bien ici d’un nouveau mode de vie, d’une nouvelle culture, minoritaire certes, mais dotée d’une forte dimension participative. Chaque citoyen impliqué diffuse autour de lui à la fois de la connaissance et des modalités d’action.

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Le secteur culturel investit le plus souvent peu ou mal le développement durable. Prenons la télévision, qui joue un rôle culturel central. Le développement durable y est généralement cantonné à des sujets dans les journaux télévisés ou à des documentaires, ce qui en augmente malheureusement la perception « anxiogène ». Il est globalement absent des séries à large audience, des fictions, des émissions de divertissement, des émissions de débat (exception faite de la controverse pro-Giec anti-Giec…). Or ces contenus sont pourtant ceux où se créent les représentations, la culture. Insérer une dimension de développement durable dans une fiction peut se faire de façon subtile, sans même toucher à l’histoire ou au dialogue. Des gestes comme éteindre la lumière en quittant un appartement, arrêter le moteur de la voiture pendant une discussion avec un piéton, jeter un déchet par terre ou dans une poubelle, ne sont pas précisés dans les scénari, la marge de manœuvre est grande. L’erreur de perspective reste toujours la même : considérer le développement durable comme une thématique de niche et non comme une façon de vivre, une donnée de la société.
Regardons maintenant du côté des romans. S’il y a une belle production sur les dégâts sociaux des entreprises et de nos modes de vie, combien de romans abordent-ils les enjeux environnementaux actuels ? Presqu’aucun. Seules de petites maisons d’éditions spécialisées (mais qui les connaît les éditions Gallmeister ?) s’intéressent véritablement au sujet du point de vue du roman. Il existe bien sûr des exceptions et des auteurs de valeur, mais pas dans le Top 50 de la rentrée littéraire. La logique est certes schématique, mais implacable, pas de roman, pas de fiction au cinéma, pas de discussion du Grand Journal sur le sujet du film, pas de discussion à la cafétéria le lendemain, et ainsi de suite.

Une intelligentsia critique

Nous pouvons remonter plus loin encore, auprès des intellectuels médiatisés. On ne peut que constater les postures prises par certains vis-à-vis du développement durable : le désintérêt, la critique ou la suspicion. ferryallègre.jpgPlusieurs intellectuels médiatiques occupent désormais une position accusatoire vis-à-vis de l’écologie. Comment une contre-culture écologique s’est-elle mise en place dans cette élite ? Parmi les explications : la crainte que des enjeux communs puissent créer des solutions communes de type autoritaire, une idée du plaisir et de la liberté individuelle comme acquis ne pouvant supporter aucune contrainte, fût-ce pour les pérenniser à long terme, la défiance vis-à-vis des personnalités de l’écologie, la confiance sur le  modèle économique actuel, etc. Au final, la surreprésentation médiatique des intellectuels sans expertise sur le sujet et la sous-représentation médiatique des intellectuels pertinents sur le même sujet (qui connaît le philosophe François Flahaut ?) freinent l’avancée culturelle du développement durable.

NaturelBrut_Article_Deyrolle-90a57.jpgSi la situation générale semble difficile, fort heureusement des signaux positifs viennent donner espoir. Les forces en présence sont nombreuses pour une avancée culturelle du développement durable. Parmi ces forces, entre autres, citons :
-Le grand vivier d’intellectuels prolifiques et pertinents sur la thématique, qu’ils soient philosophes, anthropologues, psychanalystes, éthologues, économistes, etc. Toutes les forces en présence sont là pour créer une nouvelle pensée conviviale et un débat ouvert sur le développement durable. Il ne reste qu’à les médiatiser davantage.
-
L’action grandissante des artistes contemporains sur des thématiques d’enjeux sociaux et environnementaux actuels relatifs au développement durable, et l’augmentation des lieux de visibilité de leur travail. Cette visibilité correspond aussi à la plus grande ouverture du marché de l’art aux artistes du Sud et à la thématique environnementale.
-
Le démarrage d’un débat scientifique, fût-il né douloureusement par la critique, qui saura, s’il est intelligemment mené, placer les données scientifiques au cœur du processus de connaissances, créer un consensus sur des données objectives, ôter l’excès de passion et d’idéologie et créer une nouvelle doxa.


Illustrations :

Alerte Climatique : action de Greenpeace

BP au JT de TF1

Charlotte, Sex and the City

Claude Allègre et Luc Ferry

Oeuvre La peau de Chagrin, Art Orienté Objet, Le Magasin, Grenoble, jusqu'au 5 septembre 2010, http://www.magasin-cnac.org/

Poster de l'exposition Naturel Brut (jusqu'au 31 octobre 2010), commissariat d'exposition Lauranne Germond de COAL, voir www.projetcoal.fr

 

Article écrit pour "L'Atlas du développement Durable", sous la direction de Gilles Pennequin, éd. Eyrolles (parution automne 2010)

20 février 2010

Le Conflit. L’ intello et l’écolo.

Elisabeth Badinter émet une opinion négative sur l’écologie dans son dernier livre Le conflit. La femme et la mère. et dans les médias. Que cette opinion soit inoffensive ou dangereuse, juste ou erronée…c’est au débat démocratique d’en découdre. Etonnement, il ne démarre pas du côté des intellectuels, qui restent silencieux. Sont-ils d’accord ? Ou bien ne s’intéressent-ils pas à ce sujet-là ? Pour le débat, on doit se contenter pour le moment de la réaction des accusés, les écolos. Des personnalités, essentiellement féminines (cf. NKM, blogs, groupes sur facebook, pétition « vertes de rage »…), démontrent à l’auteur, avec un sens du respect très inégal, son erreur d'appréciation dans le fait que le féminisme puisse régresser avec l’écologie et que l’écologie soit un mouvement lié à un retour au « naturel ». Ces femmes écologistes réagissent fort à propos aux juxtapositions de stéréotypes proposées par E. Badinter comme : féminisme = liberté, écologie = atteinte à la liberté donc écologie = anti féminisme ou encore écologie = retour à la nature, émancipation de la femme = détachement vis-à-vis de la nature, donc écologie = anti féminisme.

L’attitude d’E. Badinter est dans le fond parfaitement banale, dupliquant à l’identique l’attitude de rejet de l’écologie par une bonne partie des intellectuels et journalistes médiatisés français. La liste de leurs critiques ne cesse de grandir. Les vagues de froid de cet hiver ont été immédiatement récupérées comme contre-épreuve du réchauffement climatique (voir la Tribune acerbe de Pascal Bruckner dans Le Monde du13 janvier intitulée «le Réchauffement qui refroidit») Les climatologues et leurs e-mails, Nicolas Hulot et son film, la taxe carbone, le Sommet de Copenhague, Greenpeace à l’Assemblée Nationale, José Bové, ont alimenté de façon régulière leur moquerie. Les 68ards disant « ils nous emmerdent » au sujet des écolos, ont gagné du terrain. Les mises en scène ridicules et caricaturales d’écolos, y compris people, plantés avec grandes bottes dans la boue (car c’est bien connu, boue=nature=ecologie) ou mieux, nus (car c’est bien connu, nu= jardin d’éden=nature=écologie) n’ont jamais autant été diffusées. Claude Allègre, le spécialiste du procès d'intention envers ses concurrents, à été plébiscité comme un grand résistant face à une panique inutilement lancée.

Le silence et plus grave encore, le rire des intellectuels, face à l‘humiliation de la science, les font choir du côté de ceux qu’ils ont sans cesse dénoncés, combattus et cherché à éclairer : ceux qui confondent les croyances et le savoir, le dogme et la science. « La superstition est à la religion ce que l’astrologie est à l’astronomie, la fille très folle d’une mère très sage », la clairvoyance intellectuelle qui a permis de séparer fanatisme et religion au XVIIIème est en chute libre : en matière d’écologie, le dogme vaut pour science. La confusion est à son comble. Comment l’élite en est-elle arrivée à parler de l’écologie qui est une science, une spécialisation de la biologie créée au XIX ème siècle, avec des adjectifs aussi inadaptés que :« dictature », « machos », « ayatollahs», « rétrogrades », "retour à la préhistoire" ? Comment les intellectuels médiatisés sont-ils tombés dans une telle soupe de confusions?

Comment expliquer les pas des intellectuels vers l’obscurantisme alors qu’ils prétendent justement lutter contre l’obscurantisme « vert » ? Plusieurs raisons peuvent aider à comprendre ce chemin vers l’impasse :

-La science, les partis politiques, le militantisme des ONG et le mouvement modéré pour la protection de l’environnement portent tous le même nom, et les plus médiatisés en influencent l'image globale. La sémantique n’opère pas assez une séparation entre la science et le dogme, et le développement durable n’a pas réussi à prendre le relais et sortir l'écologie de ses confusions.
Dans ce grand mélange, les personnalités de l'écologie militante occupent une grande place en termes d'image. La science du même nom est comparativement quasi inconnue (qui peut citer trois noms d'écologues?) Ces acteurs militants, souvent pris par un sentiment d'urgence et par la volonté de trouver des solutions rapides aux problèmes établis, renvoient parfois une image autoritaire, alarmiste ou infantilisante, qui influence ainsi la perception des autres qui sont pourtant bien plus nombreux et représentatifs.

-L’écologie et ses enjeux (réchauffement climatique, chute de la biodiversité…) sont quasi absents des productions artistiques, culturelles et intellectuelles médiatisées, que ce soit les films de fiction, la littérature, l’art contemporain, le théâtre, les essais politiques, philosophiques ou sociologiques, les spectacles comiques, etc. ce qui en empêche la connaissance sensible (la conséquence est ici cause première).

-Le traitement par les médias de l’écologie et ses enjeux se fait par la caricature, l’accentuation de visions alarmistes, le goût du scandale incarné par les « climato-sceptiques », la vedettisation de people verts superficiels, ce qui empêche d’en avoir une image réelle.

-L’écologie et ses enjeux représentent une vexation pour l’homme, le constat de sa capacité de destruction à une échelle non seulement globale mais « après lui », auprès des générations futures, ce qui est une raison anthropologique majeure de rejet.

-Les intellectuels français précis et clairvoyants sur le sujet ne sont pas médiatisés : François Flahaut, Stéphane Lavignotte, Catherine Larrère, etc.

-La climatologie intègre une dimension prédictive, forcément soumise à des aléas liés à des variables non prévisibles (la quantité de steak que vous mangerez dans 20 ans, vous la connaissez ?) ce qui l’affaiblit face à un désir à la fois de certitudes et de suspicion.

-La prédominance culturelle et intellectuelle de l'idée de plaisir et de liberté à un niveau individuel et non collectif et l'histoire tragique d'initiatives "collectivistes" créent une méfiance vis-à-vis d' enjeux communs pouvant impliquer une résolution commune.

-La difficulté pour chacun à dépasser le sentiment d'acquis (matériels et immatériels) et le réflexe de vouloir les défendre, freine la prise en mains de nouveaux enjeux. Comme si aller vers de nouveaux acquis, de nouvelles réponses, était une menace, consistait laisser la proie pour l'ombre. Comme si faire un pas vers l'inconnu était se diriger vers le danger.

 

Ces raisons doivent être analysée et prises en mains pour éviter l’issue qui s’annonce : la haine réciproque. Il est grand temps pour les intellectuels, de se rendre que compte que de l’individu qu’ils jugent, ils ne voient que le flanc, et pour les écolos, de montre l’autre flanc.

 

02 janvier 2010

Reaction sur la publicité de l'Observatoire international des prisons

La publicité de l’Observatoire international des prisons que l’on voit actuellement dans la presse est, au-delà l’importance incontournable de cette organisation, comme beaucoup de publicité qui cherchent à provoquer, dans une confusion de significations. Le slogan de cette publicité visant à collecter des dons pour l’OIP est : « Si ça peut vous aider à donner, dites vous que cet homme est un chien »

Comme Gunther Anders qui souhaitait que la puissance technique s’accompagne toujours d’une imagination sur ses conséquences possibles, l’utilisation de mots devrait également être accompagnée d’une imagination sur ses différentes interprétations possibles, surtout lorsque que ces mots ne sont pas anodins, pour ne pas dire d’une violence inouïe. « Dites-vous que cet homme est un chien » est une pensée terrible, le « prêt-à-penser » de la maltraitance et des grandes tragédies de l’histoire. Aux Etats-Unis la pire insulte à quelqu’un reste « underdog » (moins qu’un chien). Une telle faille de l’Homme (penser dans certaines circonstances, que l’homme vaut moins que son humanité) peut-elle être utilisée pour provoquer ? Son historique de destruction ne prescrit-il pas un usage avec précaution ? Une publicité peut-elle l’utiliser ?

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« Si ça peut vous aider à donner, dites vous que cet homme est un chien » Ce slogan peut être compris de trois manières si l’on s’en tient aux mots. La première part d’une bonne intention métaphorique sur laquelle les publicitaires ont parié  : Comprenez que cet homme est traité comme un chien. Traiter quelqu’un comme un chien, vous savez que c’est de la maltraitance, c’est scandaleux, y compris en prison. Alors donnez pour arrêter ça. La deuxième signification est moins probable mais possible: Vous donnez pour les chiens ? Vous ne donnez-pas pour les gens en prison ? Hé ! bien dites-vous qu’un homme en prison est un chien et vous donnerez. Vous voyez bien, comme le chien, il est en cage et a l’air gentil. La troisième signification est plus improbable encore mais possible: Voyez, cet homme est un chien. Certains hommes, comme celui-ci en prison, sont des chiens, des bêtes méchantes. Donnez pour les prisons (l’OIP est peu connu et son nom est neutre cela peut prêter à confusion). Bien évidemment la première interprétation, la plus saine, domine, mais les deux autres possibilités posent question.

 

Pensons maintenant aux chiens, qui sont eux-mêmes si souvent « traités comme des chiens », abandonnés, encagés, battus et qui font l’objet de campagnes d’ONG pour être traités dignement. Que pensent de cette publicité les défenseurs d’animaux qui souhaiteraient que les associations rependues entre la maltraitance et certaines espèces (comme les chiens) s’arrêtent dans la tête des gens ? De plus, utiliser dans un jeu de métaphore une espèce « maltraitée » permet-il de désigner clairement la maltraitance ?

 

Pour aller encore plus loin dans les évocations de ce slogan, « Si ça peut vous aider à donner, dites-vous que cet homme est un chien », n’est-ce pas finalement, dans une lecture une fois encore au premier degré, le portrait hyper-cinglant de notre fonctionnement ? Avons-nous une haute opinion de celui auquel nous sommes reliés par notre pouvoir de l’argent ? Notre pouvoir d’achat ici est, pour de nombreux produits comme les vêtements bon marché, lié à de mauvaises conditions de travail ailleurs (des personnes qui « travaillent comme des chiens », l’autre métaphore entre l’homme et le chien). Notre enrichissement ne s’accompagne-t-il pas d’une mise à distance de ceux qui s’appauvrissent ? Lorsque nous donnons pour une cause humanitaire, quelle image avons-nous de celui qui reçoit ? La condescendance et l’égoïsme sont-ils les ennemis de la philanthropie ? Dans notre vie quotidienne nous avons tendance à oublier la dignité de tous ceux avec lesquels nous sommes reliés. En prison ou en liberté.

Cette publicité, qui parle forcément aussi de la publicité, mérite débat.

06 novembre 2009

"Mieux qu'une psychothérapie"?

Voici la nouvelle publicité en affichage de la voiture "Mini". Le slogan est : "Mieux qu'une psychothérapie". Le plus fou n'est pas ce slogan mais l'absence de débat qu'il suscite (sauf sur unpsy.com, très drôle). Les psys devraient attaquer. Si la psy est moins efficace qu'une bagnole alors que ça coute aussi cher, pas cool ! :-) Cette pub non seulement insulte les psys, dévalorise le travail sur soi, nargue les personnes dans cette démarche, dissuade ceux en chemin vers cette démarche (c'est tellement plus simple d'acheter que de se poser des questions) mais surtout nous met une fois de plus sous le nez que le rapport aux choses vaut mieux que le rapport aux autres, l'objet mieux que le sujet, l'avoir mieux que l'être, le geste mieux que la parole ... Je dis : NON, une bagnole n'est pas mieux qu'une psychothérapie.
Si l'on veut vraiment faire de la psy de comptoir, que vaut la proposition "BE MINI", ça dit quoi? "sois petit, sois ne cherche pas à grandir, reste un gosse", c'est très cohérent avec l'autre slogan (la psy aidant à devenir adulte) et avec le titre du pamphlet du très érudit Eric Dussert aux éditions Anabet : L'âge pédophile du capitalisme (il y a aussi le plus connu Comment le capitalisme nous infantilise de B. Barber). Une bonne thérapie pour de-graver ce message publicitaire est la lecture du livre de François Flahaut Le crépuscule de Prométhée (voir note sur ce livre le 18 mars 2009). 
On peut penser : où est le problème tant que c'est drôle? Je suis bien d'accord. Le problème c'est bien que ce slogan n'est pas drôle donc qu'il véhicule principalement un message au premier degré.

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24 octobre 2009

La FIAC 2009 vue sous l'angle de l'environnement

Il ne s'agit pas ici de juger si la FIAC trie ses déchets ou si les toiles sont sans dérivés petro-chimiques mais de s'attacher au propos des œuvres. Pour cet exercice, deux écueils sont inévitables, faute d’une connaissance minutieuse des œuvres, des galeries et des artistes (étant un amateur mais non un professionnel de l'art) : l'un, ne voir du « vert » qu’au travers de signes visibles, alors que celui-ci peut être plus large, caché, intégré dans la démarche de l’œuvre ou de la vie de l’artiste, et l'autre, se tromper sur l’œuvre dès lors qu’elle affiche justement des symboles rattachés à l’environnement (mais une photo de milliers de canettes ne veut pas forcement dire : thème du déchet).

Voici donc un exercice périlleux, en lien à des questions à l'origine de la création de l'association COAL (www.projetcoal.fr) : quelle place les enjeux environnementaux (réchauffement  climatique,  chute de la biodiversité, pollution mers et des océans...) liés à nos modes de vie et de consommation ont-ils dans la création actuelle ? Les rapports de l’homme à la nature exprimés dans l'art en sont-ils influencés ? L’art contemporain participe-t-il plutôt au déni ou à la prise de conscience ? Un mouvement artistique naîtra-t-il de l'impact grandissant des enjeux climatiques ou bien chimiques sur nos sociétés ? Jusqu'à quel point l'art contemporain, en prise directe avec l'économie neo-libérale le poussant à devenir chaque jour davantage un signe extérieur de richesse et un moyen de spéculation, peut-il s'en dégager pour créer un espace critique réellement autonome ?


Un lien intime avec le Pôle Nord100_4765.JPG 
Difficile de rater dès l'entrée du Grand Palais le mur entier de la Galerie d'Emmanuel Perrotin consacré à l'œuvre "Pôle Nord" de Sophie Calle. Passagère de Cape Farewell, une expédition en bateau unique au monde destinée à faire constater à des artistes de renom le réchauffement climatique "in situ", Sophie Calle a pris le large vers le Pôle Nord pour une toute autre raison : la passion de sa défunte mère pour l'Arctique. Sophie Calle est rentrée tout aussi étrangère à la question du réchauffement climatique qu'elle n'est partie, mais satisfaite d'avoir réalisé un rituel, l'enterrement d'une photo, d'un collier et d'une bague de sa mère dans la glace. Les interrogations de Sophie sont gravées blanc sur blanc sur son œuvre : savoir si "les changements climatiques" (Sophie ne sait pas que cette expression s'emploie au singulier même après trois semaines de sensibilisation ) emmèneront les vestiges de sa mère "vers la mer, pour faire la route du pôle?" ou encore si la trouvaille lointaine des bijoux conduira les archéologues du futur à les attribuer au Inuits.

En restant hermétique au projet collectif du moyen de transport utilisé pour ses fins personnelles, Sophie confirme ses deux vérités: l'obsession ne s'écarte jamais de son chemin et l'intimité est le seul chemin vers la sensibilité.

Photo : Deux photographies faisant partie de "Pôle Nord". Il s'agit des photos prises du hublot, avec les bijoux de la mère de Sophie Calle posés sur le rebord du hublot. L'oeuvre, en 5 exemplaires, est de 75000 euros. 

Bestiaire100_4773.JPG
Les oeuvres sur les animaux témoignent avec intelligence de l’étendue des rapports actuels de l’homme à la nature, de l’exploitation au soin. Le photographe flamand Geert Goiris présente  à la galerie parisienne Art:concept la vue d'un territoire parfaitement aménagé d'un zoo laissant entrevoir un lion au second plan. G. Goiris interroge «  la vie sauvage comme idée culturelle », et démontre ici à quel point cette idée culturelle est éloignée des animaux eux-mêmes. Dans son travail, G.Goiris joue du contraste entre des éléments naturels extrêmes (la neige abondante, le grand gel, le grand froid) et les réalisations techniques humaines extrêmes, ainsi se met-il en scène comme explorateur ultra équipé en plein milieu de l’Antarctique. Pilar Albarracin, artiste andalou, a placé Tartera, un taureau de corrida emplaillé, en plein milieu de la galerie GP&N Vallois (photo). Le taureau a le genou à terre, signe de sa soumission lors d'un combat, mais garde les cornes en l'air, signe de son insubordination innnée. Ici encore, c'est le résultat d’un combat, où la nature qui a cédé à l'homme contre son gré. La finoise Pertti Kekarainens ritualise la mort des animaux tués sur les routes. Elle les moule et en fait des statues de bronze, avant de les incinérer. Enfin, le jeune suisse Jeremie Gindre amateur de randonnées en nature offre une œuvre « Présence des oiseaux » qui révèle par le moyen utilisé (des planches) le pourquoi de leur disparition : la déforestation

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Rien dans la poubelle
Les artistes russes sont déroutants, ils sont très pamphlétaires sur la politique mais lorsque l’on arrive à la consommation, ils deviennent joueurs. Ainsi l'œuvre "Container " de l'artiste  "Recycle" (en fait l'union de deux artistes Blokhin & Kuznetsov) sorte de poubelle yogi ou de SDF fondu avec l'un de ses moyens de subsistance (photo), n'est pas l'œuvre de deux écolos accros de recyclage, mais deux jeunes de 25 ans aimant jouer avec les codes de la société actuelle.

La nature à son apogée
La hollandaise Ellen Kooi, star de cette FIAC 2009, offre le trio gagnant : une nature intacte ( par exemple une forêt ancienne) + une mise en scène sophistiquée + une légère artificialisation des couleurs. Le résultat impeccable s’appuie sur un réel attachement à la terre, une solide expérience du théâtre et une touche magique de la photographie.100_4783.JPG

Ellen Kooi
Broselle - rode jurk, 2007

Icônes consommables
Quelques perles ironiques sur la société de consommation. Martin Kippenberger présente "Gescheutzen palmen im langweiligen frankfurt", un jeu d’autocollants « I love… » aussi stupides les uns que les autres : j’aime le collagène, j’aime Gala... (détail, photo 100_4775.JPGde gauche) Mathieu Mercier présente trois sculptures réalisées avec des boites de produits de consommation, dont le dentifrice Signal Intégral, au logo révélateur à la DSCF0016.JPGgalerie Triple V. Le plus drôle revient à Alexandre Perigot, avec « Blondasse » (détail, photo de droite), une série de photos de grandes meules de foin recoiffées à la Sharon Stone et Britney Spears, accompagnées d’un documentaire de J.-Y. Jouannais en français prononcé avec un fort accent américain. A. Perigot vient de terminer la série « Fighting asshole », un guide de combat contre des cyclones (le « trou du cul » étant l’œil du cyclone, le cyclone devenant un ennemi du fait de l’amplification de sa vigueur due au réchauffement climatique). Le non accès à la consommation est lui mis en valeur par Adi Nes à la Sommer Contemporary Art de Tel Aviv, avec une très belle  photographie de deux glaneuses après un marché.

La place de l’artiste…dans le marchéDSCF0015.JPG
Philippe Terrier-Hermann
présente à la galerie la Blanchisserie une carte de géographie « The world of contemporary artist » réalisée en 2009 qui comptabilise le nombre d’artistes exposés par pays et permet de constater que ce nombre d’artistes est proportionnel au PIB. Le même artiste y présente également « « Top 10 » (photo), la transposition des logos des marques commerciales les plus connues aux noms d’artistes les plus côtés...la suite parfaite de l’oeuvre « L’Audit », de Martin Le Chevallier présentée l’année dernière  axée sur le « SWOT » (méthode marketing visant à optimiser la réussite sur le marché) de son travail. Au final l’artiste tend à ressembler à celui qui l’achète : le consommateur, l'actionnaire ou le citoyen ?

Pas de CO2 à l'horizon
Force est de constater que le réchauffement climatique, même à un mois et demi du sommet de Copenhague, n’est pas encore entré à la FIAC. Et d’autres thématiques sociétales pourtant présentes en 2008 semblent avoir reculé, comme les conditions de travail dans les fabriques des pays en développement, la critique de la finance, etc. Les sujets pas glamour du tout comme la guerre (à la Chelooche Gallery de Tel Aviv), la religion (l’infatigable et irremplaçable Mounir Fatmi à la galerie Hussenot), le handicap (la toile d’Axel Pahlavi cachée le long d’un mur à la galerie Eva Hober) la Françafrique (une oeuvre forte de Sergej Jensen), le passé nazi (sculpture choc de Jonathan Meese), la bombe atomique (Study for Priscilla de Robert Longo sur le mur d'en face de la bien plus hype éjaculation faciale de « Cumshot in Blue » des artistes branchés Ida Tursic & Wilfried Mille, qui s'y reflète comme pour dire "je ne suis pas sure que ce champignon soit super cool " - voir photo ci-dessous), sont rares et restent, comme les autres "problèmes de société" sociaux et environnementaux, à une place discrète en comparaison à leur réalité sociale.

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Une galeriste porteuse d'avenir
La Galerie Aline Vidal convie à l’optimisme, le parti pris artistique et la conscience environnementale s’y côtoient de façon joyeuse et pertinente. Avec les Holy Days d' Herman de Vries en passant par la sorte de billard alpin (sans titre) de Stéphane Thidet, les photos de Lucien Pelen ou encore les œuvres poétiques d' Olivier Leroi, la FIAC a pourtant les moyens de montrer que l’environnement peut être un sujet passionnant, positif, non anxiogène, désirable…difficile à croire à l’heure où les médias pilonnent les cerveaux d'annonces d’apocalypse…mais le rôle de l’art n’est-il pas de prendre le pouvoir et de détourner les chemins ?

Alice in Warmingland 

03 septembre 2009

Quand Terra Eco veut que je dise autre chose que ce que j'ai dit

Terra Eco m'a interviewée en juillet pour son numéro consacré à la télévision et au développement durable paru ce mois de septembre, nous avons évoqué de nombreux sujets dont la chaîne Ushuaïa. Mon commentaire sur la chaîne de télévision Ushuaïa fut le suivant : "ayant son historique sur le thème de la nature, elle ne couvre pas toute la modernité du sujet". Voici le résultat publié, dans un paragraphe consacré à l’émission Ushuaïa de Nicolas Hulot à laquelle je n'ai jamais fait référence : « Ushuaïa est complètement hors sujet sur le développement durable, dénonce Alice Audouin, directrice du développement durable chez Havas Media et auteur d' Ecolocash, un roman au vitriol sur la prise de tête verte. En se consacrant uniquement à la vie des animaux, Nicolas Hulot rate toute la modernité du sujet. » Plus loin dans l'article, dans une autre citation, voilà que je dis "Ras-le-bol de voir l'environnement cantonné aux documentaires, s'énerve Alice Audouin, consultante. Où passe l'argent des chaînes ? Dans la fiction! Le développemet durable doit aussi passer par le diverstissement." Heureusement, procédant systématiquement à une validation de mes citations, en particulier avec Terra Eco, j'ai la trace du mail du 8 juillet de confirmation de mes citations avant publication envoyé par le magazine, il n'y en a qu'une seule et la voici  : « Comment est investi l'argent des chaînes ? s'interroge Alice Audouin, auteur d' « Ecolocash », un roman caustique sur le développement durable en entreprise. Dans la fiction et c’est tant mieux ! Car c’est ici aussi que l’on devrait trouver le développement durable et pas seulement dans les documentaires. »
Je ne tire de cet exemple aucune généralité, sauf concernant les qualités professionnelles de la journaliste Louise Allavoine. Terra Eco est un magazine utile, auquel je suis abonnée, et que je continuerai de soutenir. Un rectificatif est en route, preuve de la déontologie du magazine. La seule chose que je vois, car ce n'est pas une expérience isolée, c'est que la presse en général souhaite écrire et donner à lire à ses lecteurs des reductions, conflits, jugements, emportements, avis sans nuance...qu'elle appelle débat voire même démocratie. Les personnes qui sont pour le débat sont souvent utilisées et leurs propos radicalement déformés pour le clore, au lieu de le lancer, c'est dommage.

23 juillet 2009

Au-delà de la HQE

L’intégration de l’environnement et de la question de la lutte contre le réchauffement climatique dans le bâtiment s’organise en France sur deux axes, à la fois règlementaire, avec par exemple la Réglementation Thermique (avec une consommation énergétique de 50 Kw/m2/an en point de mire), et les démarches volontaires, avec la HQE (Haute Qualité Environnementale). La démarche française HQE est une sorte de guide d’engagement qui inclut de nombreuses thématiques liées à l’environnement : l’eco-construction, l’eco-conception, l’eco-gestion, les questions de santé des habitants des bâtiments, etc. qu’ils soient des habitations, des bureaux, des commerces, et depuis peu, des hôpitaux. Très médiatisée et mise en avant par les communicants du secteur immobilier, la norme HQE a pourtant des limites. Tout d’abord, sa traduction visuelle dans les bâtiments n’est pas encore probante. Si quelques ossatures en bois sont apparues grâce à la HQE, force est de constater que l’immeuble de bureau HQE reste encore majoritairement en “ verre-acier ”. L'élan artistique inspiré ou en harmonie avec l'environnement n'a pas démarré, sauf en Autriche. Ensuite, l’environnement du bâtiment lui-même semble mis au second plan. Un hôtel de luxe HQE dans un écosystème fragile ou un centre commercial HQE accessible uniquement en voiture et nécessitant d’imperméabiliser des milliers d’hectares sont des paradoxes possibles d’un bâtiment HQE. La HQE atteint ton hit de médiatisation pour des projets de tours, or celles-ci sont ni la meilleure réponses à la mobilité et densité urbaines ni à la paix sociale. Enfin, on peut se demander, en période de réchauffement climatique, de crise économique et de chute des investissements immobiliers, si une norme réservée à l’habitat neuf mérite d’être la vedette, alors que les bâtiments anciens, bien plus nombreux, ne cessent de consommer de plus en plus d’énergie..

26 juin 2009

Le Climat aura-t-il la peau de l’Océan ?

« La mer a déjà sauvé la terre et elle doit continuer ». Ce sont les propos du très éminent Edouard Bard, directeur de la chaire de l’évolution du climat et des océans du Collège de France.

Pourquoi la mer nous a-t-elle déjà sauvés ? Edouard Bard donne trois raisons. Tout d’abord elle stocke d’ores et déjà un tiers des émissions de CO2 dues à l’activité humaine et nous évite d’avoir à l’heure actuelle les chaudes températures que nous prévoyons pour la fin du siècle (500 ppm) ! Ensuite, grâce à son pouvoir réfléchissant, la banquise renvoie une partie de la chaleur solaire et donc freine le réchauffement. Enfin, l’océan est un formidable aspirateur de chaleur : 85 % de la chaleur est captée par les océans, un sacré service au moment où la planète vient d’augmenter de 1° en un siècle.

Mais ce service rendu par l’océan est menacé. A qui la faute ? A l’acidification des océans et au réchauffement climatique. Nous voilà donc partis pour un cercle vicieux qui n’est pas prêt de s’arrêter. Le beau miroir de glace s’érode avec la fonte de la banquise due au réchauffement plus intense aux pôles, il a déjà perdu 50% de sa superficie en trente ans, et son coefficient d’albédo baisse à cause du carbone suie (particules diesel) lié au trafic maritime. La capture de la chaleur est elle aussi menacée par le moindre brassage des masses d’eau mais c’est surtout l’acidification, également due au réchauffement, qui freine le service le plus déterminant : le stockage du carbone.

A ce train là, le prochain rapport du GIEC annoncera 1 mètre d’élévation du niveau des mers en 2100 et non 60 cm comme dans le dernier rapport !

 

Imaginons ce qui se passerait si nous bloquions pour toujours notre émission de CO2 au niveau actuel (390 ppm). La terre continuerait à se réchauffer légèrement à l’échelle de quelques siècles, et l’élévation du niveau des mers persisterait sur des centaines et milliers d’années, à cause de la dilatation des océans et la fonte des calottes de glace

(le Groenland, ça met du temps à fondre !).

voir le schema Document4.pdf (source : IPCC)

 Le Grenelle de la mer, tombe donc à brûle pour point. Il favorise la prise de conscience de l’interdépendance entre terre, mer et activité humaine. Les océans comme ressources énergétiques, minérales, alimentaires ou médicales à venir et comme réceptacle des rejets produits sur terre rendent cette interdépendance capitale pour l’avenir de l’humanité. Comment résoudre le problème? En cessant de voir l’océan comme une simple source d’extraction mais en sachant l’investir avec intelligence et prospective ; en accélérant l’intégration du développement durable dans les activités industrielles et humaines ; enfin, en protégeant mieux les écosystèmes fragiles. Parmi les 500 propositions du Grenelle de la mer figurent, entre autres, la protection du tiers du littoral d’ici 2020, l’encadrement de la pêche de loisir, l’évolution des bateaux de pêche, mais aussi la création d’une Agence nationale de l’archipel France. Avec cette dernière idée totalement inédite, la France devient un archipel à l’échelle de la planète, en interface avec toutes les aires de civilisation du monde, et chaque territoire y a sa dynamique propre de développement durable, mise en réseau par l’instance centrale. Pour l’heure, le Grenelle de la mer entame sa phase de concertation nationale, avant la table ronde finale de début juillet. Un processus législatif s’en suivra-t-il ?

Pour l’heure, l’urgence est à la recherche scientifique. Lors de la clôture de la 4ème année polaire internationale, le professeur Thomas Stocker, Co-président du GIEC, a rappelé les inconnues à résoudre : quel est le lien exact entre la fonte de la banquise et l’élévation du niveau des mers ? Le dégel de l’Antarctique aura-t-il lieu et quand ? Comment réagira le permafrost au dégel ? Quelle sera l’incidence de la baisse du PH de l’océan sur les écosystèmes marins ? Et enfin… le changement climatique d’origine humaine est-il irréversible ?

 

 

27 octobre 2008

FIAC & SLICK 2008, sous l'oeil du développement durable

La crise financière, c’est un peu comme la guerre en Irak, cela augmente le nombre d’œuvres militantes. Cette année, les riches en prennent pour leur grade, et leurs fonds de pension aussi. La carte The World of Billonnaires, de Philippe Terrier-Hermann, liste nominativement tous les milliardaires de la planète. Installée juste au dessous de la carte mondiale des suicides, leur étrange symétrie nous rappelle que l’argent ne fait pas le bonheur…mais la dépense, comme le démontre une autre de ses mappemondes, The world of Luxury Shop. Ernest T s’attaque lui aussi au billet vert avec L’Amateur à la galerie Gabrielle Maubrie. Mais le super héros anti spéculation reste celui qui ne se contente pas des informations et statistiques publiques (d’où aucun suicide en Afrique dans la mappemonde de P. Pettier-Hermann) et qui démasque les dessous du secret bancaire : Denis Robert, journaliste spécialiste de l’affaire Clearstream et nouvel artiste. Présent à Slick, Denis Robert y expose des peintures et dessin à la Galerie W, sur la base des listings bancaires de l'affaire Clearstream, auxquels il ajoute sous forme manuscrite des symboles, des mots, des slogans, des tâches… Un travail à la fois très personnel et pédagogique, comparable à celui, chez Jousse Entreprise, de Julien Prévieux qui tient lui, avec ses flèches entre les mots du champ lexical du capitalisme patrimonial, à rester poétique.
L’orgie fiduciaire est évidemment davantage approchée par la critique qu’elle inspire que la convoitise qu’elle attire. Un seul artiste a eu la rare audace d’explorer ce deuxième volet. Il pose la question de la course à la richesse pour un artiste, et quant à être parfaitement honnête, pour lui-même. Martin Le Chevallier propose à la galerie Maisonneuve une œuvre magistrale (photo/audio), L’Audit, le résultat d’un véritable cabinet d’audit en stratégie, le « SWOT » (Strength, Weaknesses, Opportunities Threats) de sa « marque » artistique et les meilleurs conseils pour la rendre la plus vendeuse possible. Une œuvre qui en dit long sur le marché de l’art et ses points communs avec les mécanismes financiers par ailleurs décriés.

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L'Audit









Côté environnement, les grands enjeux actuels comme le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité, l’érosion, la fonte de la banquise, les baisses des écosystèmes, l’exploitation des ressources non renouvelables, sont globalement absents. Les sacs plastiques, toujours indémodables, continuent, en amas multicolores boudinés, de rappeler leur nuisance. Mais le pétrole reste discret. C’est au rôle de l’animal empaillé de rappeler avec le plus de force l’existence (ou la question) de la nature au cher visiteur, avec les animaux hybrides de Thomas Grünfeld chez Jousse entreprise ou encore à Slick le saisissant Angry Rabbit With My Own Eyes de Marius Hansen à la galerie new-yorkaise Virgil de Voldère.
L’œuvre sur la ville de Lara Almarcegui, présentée par la galerie hollandaise Ellen de Bruijne Projects, est très pertinente vue sous l’angle de la thématique des ressources. L’artiste s’attache aux creux, aux vides et aux envers de villes. Son œuvre Matériaux de Construction Dijon Centre Historique, liste les quantités de matériaux utilisées pour la construction d’un bâtiment à Dijon, et permet la prise de conscience du gigantisme de son impact environnemental.

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Angry Rabbit With My Own Eyes









C’est sur le champ du social que la saison 2008 fera date, au travers de l’engagement de la galerie Dominique Fiat qui consacre la totalité de son espace de la Cour Carré à La Fabrique, une œuvre de Tania Mouraud. Dans un enclos de draps noirs, des moniteurs et projections mettent en scène de travailleurs du Kerala et leur travail sur des métiers à tisser. Ils regardent passivement la caméra en tirant le corde du métier à un rythme régulier et effréné. Une œuvre magistrale qui rappelle, au moment où l’art contemporain foule les traces des success stories économiques, qu'elles sont bien loin d’en être.

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La Fabrique

16 mai 2008

Un nouveau concept est né : l'esthétique verte

Mercredi 14 mai : Loïc Fel devient un « philosophe de la nature qui va désormais compter ». C’est le verdict de son jury de thèse d’épistémologie (comptant l’éminent Dominique Bourg) le jour de sa soutenance. Il seconde ainsi Fabrice Flipo, autre jeune et brillant philosophe « du développement durable », dont la thèse « Nature, justice et liberté » est éditée aux éditions Parangon. Le concept de Loïc est : l'esthétique verte.
Tout d'abord, qui est Loïc Fel ? Un surdoué du développement durable, un top model du «développement désirable» de 28 ans, à la fois écologue, économiste et philosophe. Vivant avec 450 espèces dans son appartement (dont une appartenant au genre humain), jonglant avec des jardins en Alsace et en Bretagne pour tester le réchauffement climatique sur les déplacements d’espèces, sa germanophilie aurait pu le conduire sur la route du romantisme allemand, sur le sentier de la Nature menant vers le Vrai. Mais, Loïc, piercé, rock’n roll et hyperactif…n’est pas vraiment du genre à ramer sur un lac du Salzkammergut.
Revenons à cette thèse qui nous vaut la naissance d’un philosophe et de son nouveau bébé concept.
Loïc fait un pari optimiste : « La connaissance écologique, la nouvelle façon dont on perçoit la nature, influent sur notre expérience esthétique, non seulement pour l’art et les artistes mais aussi pour le simple amoureux de la nature, et cela a des implications éthiques. La conscience amenée par ces connaissances est porteuse de responsabilité, de changement de comportement ». Un changement par la sensibilité donc !
Commençons par l’art. Selon l’expression d’un membre du jury, Loïc définit « l’art post anti-naturaliste » (en fait l'"esthétique verte" ). Traduction : un art qui renoue avec la nature en lui laissant sa place, c’est-à-dire, en étant capable de s’effacer devant elle.
En gros la nature et l’art, ça fait longuement qu’ils sont dos à dos. La faute à Hegel, car il a fait bifurquer l’esthétique vers un mauvais chemin : la philosophie de l’art, avec tout un tas de concepts qui n‘étaient plus liés à la nature, comme l’abstraction, la culture et l’histoire. Il a fallu attendre les années 2000 pour que le lien se renoue, d’une part entre nature et éthique, avec des allemands comme Habermas (qui a toujours considéré que l’esthétique était incluse dans la protection de l’environnement) puis, grâce à des anglo-saxons plutôt inconnus ici concernant le lien entre esthétique et nature. Ce dernier lien vaut d'être pensé à l’aune de l’écologie actuelle. Aujourd’hui, les écosystèmes, le réchauffement climatique, les techniques d’analyse de cycle de vie, etc. sont de nouveaux savoirs qui expliquent davantage la nature au travers de systèmes interdépendants que d’ objets isolées comme un arbre ou même un paysage. Avant, dans une démarche artistique, la nature était représentée, car la connaissance scientifique était avant tout descriptive et pouvait donc correspondre à une esthétique de la représentation. Aujourd’hui la science est explicative des phénomènes complexes, nécessitant d’autres modes de présentation. Avec cette nouvelle connaissance scientifique, la représentation de la nature n’a plus aucune pertinence, seule la présentation l’est. Et l’on voit même aujourd’hui des œuvres d’artistes contemporains (comme Herman De Vries) consistant tout simplement à délimiter un espace de biodiversité « intact », libéré de la main de l’homme, un bel exemple d’ «écocentrisme» (l’écosystème au centre) qui fait un beau bras d’honneur à l’anthropocentrisme (l’homme au centre) !
Si on va droit au but, la grande affaire philosophique actuelle est donc de faire en choix entre deux paradigmes: anthropocentriste ou écocentriste. Pascal Acot membre du jury pose la question piège : « L’anthropocentrisme conduit à la même finalité de l’écocentrisme, car l’homme a tout intérêt à préserver son environnement pour assurer sa viabilité sur terre. Alors pourquoi plaider pour l’écocentrisme ?» Voilà une question cruciale : l’intérêt individuel peut-il avoir la même finalité que l’intérêt collectif en matière de respect de l’environnement ? La réponse de Loïc est formelle : non, l’anthropocentrisme ne conduit pas aux mêmes choix, au même périmètre, la notion d’utilité/inutilité prédomine et n’est pas dans la même logique que celle des écosystèmes, des dommages irréversibles sont donc possibles. « Prenons un exemple extrême, la plante qui pousse le bitume a une valeur car elle locale et de génération spontanée, or l’homme, même dans un principe d’anthropocentrisme ayant parfaitement intégré le respect de la nature, ne verra pas l’intérêt de la conserver. » Donc seule l’attitude écocentriste garantit le respect de la nature. Résumons : l’anthropocentriste est le nouveau has been (y compris ses nouvelles idées de geo-ingénierie sont également has been... et dangereuses) et il n’est pas nécessaire d’épouser son animal domestique pour devenir ecocentriste. A vous de choisir ! :-).
Pour info, sa thèse (avec 90% de pages en moins on l'espère), sera bientôt publiée.
Voir le blog de Loic : http://ecologie-esthetique.blogspirit.com, avec les photos d'Olivier Martin-Delange, son artiste préféré.

09 avril 2007

Peuple autochtone européen contre réchauffement climatique

Les Sami, peuple autochtone européen, subissent de plein fouet le réchauffement climatique. Leur Conseil s’est réuni à Nellim le 16 mars dernier pour faire le point. Une bonne occasion de mieux connaître ce peuple des grands froids dont la vie dépend fortement de la forêt et du climat et de se pencher sur la menace qui pèse sur les rennes, au coeur de leur culture et de leur économie.medium_P1030062.jpg L'article a une version pdf avec photos (à télécharger) SAMIarticle.pdf

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