Le monde est conduit par des aveugles

Le monde est conduit par des aveugles

C’est sensé être le plus grand cabinet de conseil au monde. McKinsey compte parmi ses clients 93 des 100 premières entreprises mondiales, ainsi que plus de 50 gouvernements selon Wiki, ou comme ils le disent eux-mêmes : « We are the trusted advisor to the world’s leading businesses, governments, and institutions ».

Comme il se doit cette entreprise vise la reproduction sociale avec des effectifs lisses, triés sur le volets et tous issus des mêmes écoles genre MBA commerce… Cette endogamie est probablement la clé de leur réussite auprès de l’oligarchie mondiale, mais aussi certainement la cause de leur réflexion à côté de la plaque !

Afin de valoriser la puissance du jus de cerveaux qu’ils mettent au service de leur clients, nos amis de McKinsey éditent régulièrement un petit opus (assez cher pour le grand public), comme l’un des derniers, le McKinsey Quarterly – Q2 2011, merveilleusement intitulé : « How to grow again », sorte de bréviaire anti-crise sensé montrer comment continuer notre fuite en avant : croissance nourrit par la croissance.

Evidemment les textes expliquent que les cibles prioritaires sont les villes de taille moyenne dans les marchés émergents et la diversité des consommateurs en Chine, en Inde et au Brésil qui peuvent aider les entreprises à saisir les nouvelles opportunités de croissance dont elles ont besoin (besoin ?). L’opus se conclut par les bienfaits de l’utilisation de jeux de guerre comme outil de stratégie d’affaires (ça donne le ton).

Est-il vraiment nécessaire de commenter ?

Quelques points alors :

–        pas un mot sur les limites physiques de la croissance ! Je n’imagine pas qu’ils aient pu passer à côté du sujet, le rapport du Club de Rome sur la base des analyses du MIT The limits to growth a été édité en 1972 ! Evidemment qu’on ne peut pas demander aux populations concernées de ne pas améliorer leurs conditions et leur niveau de vie et qu’il y a là opportunité à créer des activités et de la valeur (donc de la croissance) mais pas avec les vielles recettes ! Enfin, l’idée d’un croissance mondiale continue sur le même modèle, telle que défendue encore et toujours dans l’opus de McKinsey est tout simplement une impossibilité physique. Dans une certaine mesure leur analyse et conséquemment les conseils qui en découlent sont malhonnêtes.

–        pas une seule seconde ne sont pris en considération les personnes (je veux dire les vraies, parce que bien sur les « carrières », la « main d’œuvre » ou les « consommateurs » sont pris en compte) mais jamais la personne en tant que sujet individuel particulier ou pas même le citoyen. Les humains sont les vecteurs, les agents et les moyens pour la croissance. La croissance apparaît comme la fin ultime, les humains comme moyens dévoués à celle-ci. Tient, lors de leurs parcours prestigieux n’auraient-ils pas loupé l’impératif catégorique : « Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen ». Bien sur la croissance pourrait être un moyen, comme elle l’a été, au service de l’amélioration du bien-être, le commerce au service de la paix etc… mais passé un certain cap, on a bien vue une dissociation ferme entre le bonheur, le développement humain et en face, la sempiternelle croissance telle que calculée jusqu’ici et dont il serait temps de concevoir un modèle de calcul plus pertinent.

–        En fait, tous ces manquements peuvent se résumer à un seul et unique tort : une réflexion qui rate l’analyse systémique. Les éléments sont pris en silo, chaque discipline dans son coin. Le monde n’est pas aussi simple avec l’économie d’un côté, la société de l’autre et l’environnement en décor de fond. Enfin l’analyse suit généralement une logique linéaire de cause à effet, mais le monde n’est pas comme cela, chaque action implique des phénomènes de catalyse, rétro action positive ou négative, des externalités inattendues dans d’autres domaines etc… Par exemple quelles implications de la croissance des ces secondes villes de pays émergeant sur les couts des matières premières, l’énergie etc… et les effets rebonds sur les autres secteurs et pays ? Si l’analyse ne suit pas un modèle systémique comment peut-il devenir un outil de prospective et de conseil ? Je me doute bien que je caricature et ces approches doivent exister, de même que la prise en compte du développement durable, mais est-ce central ? Prennent-ils le temps et l’effort correspondant pour l’inclure dans leurs propositions ? Cet opus ne m’en donne pas l’impression.

Et ce sont ces mecs (vu les critères de recrutement m’étonnerait qu’il y ai parité et plus encore diversité) ce sont ces mecs blancs donc, dont la paroles est d’or (et ce n’est pas ici au sens figuré) qui préconisent les politiques et les stratégies mondiales ?