Les tabous

Il y a des moments où j’ai l’impression que depuis la fin des années 80 nous vivons l’évolution historique à l’envers et retournons vers le XIXe siècle.

Qu’est ce qui me fait dire une hérésie pareille ?

Et bien l’ascenseur social en panne et le retour de l’étiquette, aujourd’hui prudemment nommée « langue de bois » qui se traduit jusqu’a nos vêtements. Rappelez-vous ces foules vêtues de noir dans les tableaux de la révolutions industrielle, tous identiques, et regardez la foule parisienne d’aujourd’hui ! A l’heure où on se fait croire que l’individualisme est devenu maitre, c’est au contraire la victoire absolue de l’uniformisation.

Pensons surtout à l’écrasant retour de l’étiquette. Quand on entend les retours des discussions des négociations internationales on croit simplement rêver ! On pinaille sur des bouts de textes, sur de l’abstrait, sur des points marginaux avec beaucoup de périphrases et de diplomatie, avec beaucoup d’hypocrisie assumée pour ne pas aborder frontalement les vrais sujets etc…

A-t-on vraiment le temps de jouer à ça ? J’espérais que des enjeux mondiaux aussi terribles que le changement climatique seraient une chance pour dépasser les clivages intestinaux, assez risibles si on prend du recul, pour au contraire fédérer autour d’un objectif crucial. Ben non, rien… et après on s’étonne de l’étiolement des démocraties ? Du désintérêt pour le politique ? Lequel sera prêt à se torpiller et poussant une bonne gueulante avec des mots vrais ?

Les règles de la diplomatie, l’étiquette et la plus commune langue de bois ont pour objectifs de lisser les hiatus et loupés dus à trop de spontanéité, mais cela revient à rendre impossible l’initiative et la prise de décision…

Enfin le modèle de la démocratie mondiale s’il consiste à obtenir systématiquement le consensus par l’unanimité c’est le mur ! Il faudrait relire Rousseau à voit haute avant les négociations pour rappeler ce qu’est l’intérêt général qui fédère, plutôt que de chercher la majorité des intérêts particuliers qui n’a rien d’une démocratie.

A quoi bon garder la langue de bois et ne pas juste être honnête en riant face caméra tellement cette farce est impossible même si elle n’a concrètement rien de drôle, mais alors vraiment pas.

Tout ça pour dire qu’il est peut être tant de crever les abcès et de parler des vrais tabous, les acquis qui vont bientôt poser problème, avant que le principe de réalité ne nous les impose : la démographie, l’alimentation mondiale de demain, la richesse, la démocratie…